CONTRIBUTION DU COMITÉ THÉMATIQUE INTERNATIONAL, EUROPE, DÉFENSE
Il y a quelques jours, Génération·s appelait à se souvenir du 24 Avril 1915. Pendant que l’Azerbaïdjan achève l’effacement des Arménien·nes d’Artsakh et menace l’intégrité de la République d’Arménie, les démocraties regardent ailleurs. Il est temps d’agir.
Il y a 111 ans débutait le génocide des Arménien·nes, méthodiquement élaboré par l‘organisation politique des Jeunes-Turcs, dans l’Empire Ottoman : massacres, viols et déportations des hommes, femmes, enfants, vieillards, nourrissons, et 1,5 million de morts. Pour celles et ceux qui en réchappaient : conversions forcées et exil contraint. Le peuple Arménien est déraciné, décimé et éparpillé, construisant au fil des années une importante diaspora, composée d’entre 450 000 et 600 000 personnes en France.
Au-delà du souvenir, c’est du présent et de l’avenir de ce pays dont il est question aujourd’hui.
Le panturquisme génocidaire d’il y a un siècle n’a pas disparu : il a prospéré, et menace toujours l’existence du peuple arménien. L’alliance Erdogan-Aliyev, soudée par une volonté commune d’effacement, s’est confortée depuis 2020 avec la victoire de la dictature azerbaïdjanaise en Artsakh (Haut-Karabagh). Les Arménien·nes ont été chassé·es de force de ce territoire berceau de leur peuple. Mais ce n’est pas le seul visé : le Sud et l’Est de la République d’Arménie, du Syunik au Gegharkunik, sont déjà menacés, et bientôt de tant d’autres régions qui font face aux avancées des forces azerbaïdjanaises.
Pour Erdogan comme pour Aliyev, la réalisation du slogan du panturque « deux Etats, une nation » n’a qu’un seul obstacle : l’Arménie.
Pendant ce temps, la Russie, affaiblie par sa guerre contre l’Ukraine, a lâché son vassal arménien, et l’Europe se couche pour des considérations énergétiques. Donald Trump, mû par la seule logique du deal diplomatique, s’est quant à lui vanté à l’été 2025 d’avoir arraché la signature d’un accord de paix à l’Azerbaïdjan, qui ne remet en cause aucune des conquêtes terrestres.
Après l’épuration ethnique de 2023 et les crimes de guerre commis depuis 2020, le « processus de paix » azerbaïdjanais répète le même cycle : expansion militaire, négociation diplomatique puis colonisation et destruction de toute trace arménienne. En avril de cette année, la dernière église de Stepanakert, capitale de la République du Haut-Karabagh, a été rasée par les autorités azerbaïdjanaises. L’intention est claire : par sa diplomatie comme par ses guerres, l’Azerbaïdjan poursuit le même objectif, celui de l’effacement des Arménien·nes.
En 2026, quel avenir ?
Les législatives de juin 2026 en Arménie représentent une échéance cruciale. D’un côté, des forces politiques qui parient sur l’accommodement avec Bakou et Ankara, au nom d’un réalisme géopolitique qui ressemble à de la résignation. De l’autre, celles qui refusent de considérer comme définitives les conquêtes territoriales et l’effacement culturel. Ce scrutin dira si l’Arménie choisit de négocier sa propre disparition ou de construire les conditions de sa survie.
La gauche française et européenne devra regarder ce résultat avec attention, et soutenir sans ambiguïté celles et ceux qui résistent.
Un réveil salutaire de la gauche pour ne pas abandonner la cause arménienne à la droite identitaire
Le mouvement arménophile débute fin XIXème siècle en France. Porté par Jean Jaurès et Anatole France, pour ne citer qu’eux, il a marqué la diplomatie et la politique française. L’engagement des Arméniens communistes dans la Résistance, Missak Manouchian en tête, a été salué, et la loi reconnaissant le génocide des Arménien·nes a été adoptée par une majorité de gauche en 2001. Pourtant, force est de constater qu’aujourd’hui, les voix les plus bruyantes en soutien à la cause arménienne résonnent à droite, voire à l’extrême droite de l’échiquier politique français. Ce soutien, ne nous y trompons pas, relève bien davantage de la récupération politique que d’une volonté réelle de lutter contre la loi du plus fort.
Génération·s invite l’ensemble de la gauche à porter publiquement, en France et dans toutes les instances européennes et internationales, la voix des opprimé·es, et à faire prévaloir la justice et le droit international et humanitaire.
Génération·s appelle à :
- faire appliquer les sanctions à l’encontre d’Ilham Aliyev, Président de la République d’Azerbaïdjan, et reconnaître l’épuration ethnique commise à l’encontre des Arménien·nes d’Artsakh.
- exiger la libération des détenu·es arménien·nes à Bakou, emprisonné·es dans des conditions indignes et inhumaines.
- stopper tout soutien à la dictature azerbaïdjanaise, et notamment les ventes d’armes et le commerce énergétique.
Il ne s’agit pas du sort d’un seul peuple. Il s’agit de solidarité, de justice et d’un enjeu fondamental : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à vivre sereinement sur leurs terres qui, aujourd’hui, résonne en d’autres parties du monde.
Souvenons-nous, mais, surtout, soutenons les Arménien·nes d’aujourd’hui dans leur quête de justice.