Bolloré s’attaque au cinéma français et (presque) tout le monde s’en fout

Visuel Bolloré s’attaque au cinéma français et (presque) tout le monde s’en fout
Par Génération•s

Après iTélé, Europe1, le JDD et Grasset, Maxime Saada, directeur de Canal+, lance son Maccarthysme du cinéma made in France en blacklistant 600 acteur·ices, producteur·ices et technicien·nes qui ont osé critiquer l’étouffant monopole que Vincent Bolloré est en train de constituer dans la chaîne de la création culturelle française. 

Plus personne ne peut douter des intentions de Vincent Bolloré. La méthode est rodée et elle s’applique avec précision à chaque nouvelle acquisition, de Canal+ à Paris Match : des « cost-killers » placés à la tête des rédactions, des effectifs taillés dans le vif, à commencer par l’investigation et l’enquête de terrain. Des programmes d’information remplacés par des talk-shows peuplés d’éditorialistes aux convictions soigneusement triées. Celles et ceux qui résistent prennent la porte ; les autres apprennent à se taire. La récente affaire Grasset l’a démontré : on ne peut plus espérer que l’intérêt économique de Bolloré le dissuade de pourrir les entreprises qu’il touche. Sa guerre culturelle a pris le dessus : il espère en récolter les dividendes une fois ses amis d’extrême droite au pouvoir. 

Les propos de Maxime Saada ne sont pas sans rappeler la liste noire dressée par  le sénateur Joseph McCarthy dans les Etats-Unis de la Guerre Froide. Ciblant les artistes accusés “d’idéaux socialistes”, cette chasse aux sorcières était allée jusqu’à l’emprisonnement de 10 de ceux qui avaient renoncé à l’exil. L’offensive d’aujourd’hui n’est rien d’autre qu’un ballon d’essai visant à “tester” la résistance du cinéma français. La mollesse du gouvernement et de l’ARCOM devant l’histoire qui se répète n’en est pas moins coupable qu’elle était prévisible : l’un comme l’autre s’acharnent avec constance depuis une décennie à ne rien faire face à la constitution de l’empire Bolloré. Le silence de la majorité des « stars » et des producteurs les plus influents du milieu est un aveu en soi du verrouillage de la liberté d’expression artistique déjà à l’œuvre. Où sont les acteurs et actrices engagé·es qui s’émeuvent régulièrement du sort de l’hôpital public, de l’avenir de la planète ou des massacres à Gaza ? 

Il est facile de critiquer cette addition des lâchetés quand on ne dépend pas d’elles pour manger. Il n’empêche que ces acteurs d’un milieu bercé par un cinéma libre, foisonnant et engagé ont tout à perdre à le voir disparaître sous la coupe d’un milliardaire désireux d’imposer sa morale bigote, ou une réécriture de l’histoire à la sauce Puy-du-Fou.

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