Les Jeunes Génération·s – Billet – 9 février 2026
Plus qu’un show musical, la performance de Bad Bunny lors de la mi-temps du Super Bowl s’est révélée être un véritable acte de résistance politique face à la politique fasciste et impérialiste menée par Donald Trump.
Des champs de canne à sucre aux barrios de Puerto Rico reconstitués, le décor a été est planté : l’artiste a assumé de faire de ce moment spectaculaire une ode à la culture, à l’histoire et aux existences latino-américaines. Depuis plusieurs années, Bad Bunny s’inscrit dans un travail de fond sur l’histoire et la culture de Puerto Rico. En travaillant étroitement avec des historiens et en intégrant dans son art des références explicites à la mémoire coloniale, aux luttes sociales et à la dignité des peuples caribéens, il démontre que la musique populaire peut être un vecteur d’éducation politique et de transmission culturelle.
En énonçant et brandissant les drapeaux de l’ensemble des pays constituant l’Amérique, de l’Amérique du Nord à l’Amérique du Sud en passant par l’Amérique centrale, Bad Bunny a fait de son final une déclaration politique contre l’hégémonie politique et culturelle des Etats-Unis. En citant l’ensemble des pays du continent lorsqu’il reprend l’expression « God bless America », Bad Bunny a volontairement déplacé le sens d’un slogan traditionnellement accaparé par les nationalistes et néofascistes états-uniens. Il a rappelé que l’“Amérique” est aussi latino-américaine, caribéenne, métissée, et qu’elle ne saurait être confisquée par un récit impérialiste, nationaliste, raciste, partiel et exclusif.
Cette affirmation des existences latino-américaines est une profonde revendication politique contre l’impérialisme des Etats-Unis d’Amérique et la reviviscence de la doctrine Monroe. Dans un contexte de criminalisation de l’immigration incarnée et mise en œuvre par la police anti-immigration ICE, l’artiste rappelle également qu’aucun être humain n’est illégal.
Si ce show a déclenché les foudres de Donald Trump, c’est parce qu’il a mis sur le devant de la scène tout ce que l’extrême droite déteste : la liberté sexuelle, les droits LGBTQIA+, la pluralité des identités américaines, la dénonciation de l’impérialisme
De toute évidence, l’extrême droite déteste la culture et l’art. Elle a toujours craint la liberté de création et la puissance subversive des artistes. Parce que l’art permet de diffuser des récits, de transmettre des émotions et des messages, de susciter la joie, de faire société et de créer des moments communs. Parce que l’art peut bousculer les normes, rend visible, il constitue une menace pour les projets autoritaires et les visions homogénéisantes de la nation.
A une époque où la bataille culturelle contre l’internationale fasciste et réactionnaire devient vitale, la performance de Bad Bunny résonne comme un souffle d’air frais et un sentiment de victoire. En totalisant plus de 134 millions de téléspectateurs, cette édition du Super-Bowl hautement politique a battu tous les records. Face à l’impérialisme et à l’extrême droite, imposer des contre-récits à l’ordre dominant est non-seulement possible, mais aussi porteur.
Cette performance rappelle ainsi une évidence : l’art est outil de résistance. Dans un contexte de montée des nationalismes, de crispations autoritaires et d’attaques répétées contre les libertés culturelles et académiques, la bataille culturelle est indissociable du combat électoral et politique. Défendre la liberté de création, soutenir les artistes engagés, promouvoir les cultures dans leur diversité, sont des combats fondamentaux.