La République des égaux-ales Sans devoir de proximité, il ne peut y avoir de fraternité !

Déjà appauvries par la fin des contrats aidés, les collectivités vont devoir affronter une diminution de 15 milliards d’euros des dépenses locales jusqu’en 2022. Des pans essentiels de notre modèle social s’effritent à bas bruit : ceux qui reposent sur les mairies, les intercommunalités, les départements et les régions.

Combien de parents se retrouveront sans solution de garde d’enfants ? Combien de situation de détresse ne trouveront plus d’oreille attentive et qualifiée ? Combien d’actions de quartiers seront suspendues ? Combien de kilomètres de pistes cyclables resteront délaissés ? Combien de tournées de portage de repas seront reportées ? Ce sont des questions qui peuvent paraître bien triviales, anodines, voire naïves. Et pourtant elles comptent tant dans le bien-être quotidien de bien des Françaises et des Français, surtout dans celles des plus simples d’entre eux. Personne ne tiendra cette comptabilité au niveau national. Il y a fort à parier que le seul indicateur qui viendra révéler le déclin de l’utilité sociale des collectivités sera celui du taux d’abstention aux prochaines élections locales, l’abstention de celles et ceux qui ne se retrouvent plus dans nos institutions tant elles leur paraissent étrangères à leurs besoins les plus élémentaires. Derrière les mobilisations plus spectaculaires et si nécessaires pour la défense de l’Hôpital, pour un autre avenir pour la SNCF et la mobilité, pour une université plus juste, d’autres pans essentiels de notre modèle social s’effritent à bas bruit : ceux qui reposent sur les mairies, les intercommunalités, les départements et les régions.

 

Une austérité locale silencieuse mais bien réelle

La suppression des contrats aidés, la baisse des APL (et surtout sa répercussion sur les organismes HLM les plus solidaires) ont pu paraître comme les premières bourdes d’une vision un peu myope et technocratique des réalités sociales de notre pays. Elles étaient en réalité les premiers signaux d’une méthode en fait  à la fois dure et pernicieuse, une austérité sournoisement imposée d’abord aux plus vulnérables et à celles et ceux qui s’en préoccupent. Un euro d’argent public sur 5 est dépensé par les collectivités locales, au plus près des besoins sociaux. Cela n’est pas rien dans l’histoire récente de notre pays. D’abord les élections de 2004 et 2008 ont placé des majorités rose-rouge-verte à leur tête qui ont innové et apporté des solutions nouvelles. Ensuite, les répliques de la crise financière de 2008 ont exposé bien des territoires fragiles face à des situations de précarité auxquelles ils se sont fait un devoir fraternel de répondre. Pour des raisons très différentes mais très légitimes, leurs dépenses ont donc augmenté. Leur rôle indispensable à la cohésion de notre pays passe aujourd’hui sous les radars de celles et ceux qui sont aux manettes.

 

Négocier la longueur de la chaîne qui nous entrave

Dès cette année, les collectivités, même et peut-être surtout les plus pauvres d’entre elles ont dû faire face à des baisses des ressources venues de l’Etat. Déjà appauvries par la fin des contrats aidés qui rendaient tant de services utiles dans les écoles, les mairies, les centres sociaux, les clubs de sport… elles ont été obligées de choisir entre les moins mauvaises décisions pour boucler leur budget 2018. Et pourtant le pire s’annonce avec l’exigence de diminuer de 15 milliards d’euros les dépenses locales jusqu’en 2022. C’est en effet à négocier la longueur de la chaîne qui les lie à l’Etat que l’on va contraindre les maires et les président/es des autorités territoriales les plus peuplées : au plus elles arriveront à baisser leurs dépenses de fonctionnement, au plus elles recevront un « bonus » de l’Etat pour financer le peu d’investissement qu’elles pourront encore se permettre. Bien sûr, ce seront les territoires déjà les plus riches qui s’en sortiront le mieux, ce qui ne fera qu’accroître les inégalités déjà vives en France. La récente protestation de « maires de banlieues » a rappelé ce déplorable état de fait… confirmé par un rapport Borloo resté curieusement sans réaction gouvernementale.

 

Au fond, malgré un plan villes-moyennes qui a le mérite d’exister tout en passant à côté des principaux défis qui se posent à ces territoires où vivent un Français sur 4, ou encore les emplois-francs qui connaîtront sans doute les mêmes échecs que les autres dispositifs de défiscalisation, l’absence de volonté de corriger les insupportables écarts de richesses entre les territoires de notre pays saute aux yeux. Les plus favorisés pourront décider, les autres devront gérer la pénurie. Accès à la santé, à l’emploi, à la mobilité, à la justice, à l’éducation, à des espaces publics agréables… de manière de plus en plus flagrante il y aura des endroits il où il fera bon être né ou avoir grandi… et d’autre pas.  Tout était déjà dit « plutôt que de foutre le bordel », il vaudra mieux déménager. Si bien sûr on en a les moyens. Sans redistribution efficace des ressources par l’Etat ne restera que le réflexe de rejet de la solidarité et l’éloignement.

 

Le temps d’un aménagement progressiste et désirable du territoire est venu

  Loin de cette vision excluante et concurrentielle, il y a pourtant bien des défis auxquels une République moderne pourrait répondre en s’appuyant sur la force de ses territoires et de leur coopération : coordination des transitions écologiques locales, animation démocratique du fonctionnement des services publics, réglementation de l’usage du foncier, mobilité, amélioration de la santé, élection directe d’une partie des élus des intercommunalités... !

Des partenariats en termes d’implantation d’activités sont encore possibles, l’accompagnement des territoires en décroissance à expérimenter… A condition que l’Etat-stratège ne cède pas le pas à l’Etat-tacticien comme il l’est aujourd’hui avec une mauvaise logique comptable.

Parce que ces enjeux sont dépolitisés, la mobilisation d’un mouvement de gauche portant la démarche d’une démocratie ascendante est indispensable. Derrière la suppression de l’exit tax pour celles et ceux qui pourront se permettre de « divorcer » de leur pays, il y aura moins de qualité de vie pour celles et ceux qui par choix ou non y resteront. Sans fraternité, pas d’égalité !

 

Antoine Détourné
Conseiller municipal d'Arras

 

 

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