L'impératif démocratique Qui est Gustavo Petro, l’économiste hétérodoxe et progressiste qui veut prendre le pouvoir en Colombie ?

La Colombie va vivre le 27 mai une des élections les plus importantes depuis plusieurs années. Il y a 5 grands candidats. Même s’il faut attendre le jours des élections, il y a des fortes chances pour que le candidat de la gauche Gustavo Petro arrive au second tour contre l’extrême droite.

 La Colombie va vivre le 27 mai une de ses élections les plus importantes depuis plusieurs années. Il y a 5 grands candidats.  Les deux candidats de centre et le candidat de gauche (Gustavo Petro) ont un compromis total avec le respect des accords de paix avec les Farc. Il y a même des similarités dans leurs programmes, mais une alliance n’a pas été possible pour le premier tour.  Le candidat de droite Vargas lleras, vient des élites traditionnelles et a le soutien d’une grande partie de la classe politique du pays. Ivan Duqué le candidat de la droite extrême qui à cause du soutien que maintient l’ancien président Uribe est premier dans les sondages.  Selon tous les sondages, depuis plusieurs semaines il devrait s’affronter au candidat de la gauche Gustavo Petro. Même s’il faut attendre les jours des élections, il y a des fortes chances pour qu’il arrive au second tour contre l’extrême droite. 

 

  Gustavo Petro, est un économiste colombien qui est né dans la Côte Atlantique, mais a réalisé ses études secondaires à Zipaquirá. Il a rejoint la guérilla M19 à la fin des années 70. Le M19 était une guérilla dont l’idéologie était plus proche de la social-démocratie que du marxisme soviétique ou cubain. Elle s’est formée à la suite d’une fraude électorale en 1970 quand les élections ont été volé à un candidat de l’opposition au bénéfice du candidat conservateur Misael Pastrana, (1970-1974) père de l’ancien président Andrés Pastrana (1998-2002).

 

  À cette époque la Colombie avait des élections, mais il y avait des risques pour les défenseurs de droits de l’homme comparables à ceux que connaissaient les militants de gauche en Argentina et Chili à l’époque de Pinochet et Videla.[1]  , Petro reste un militant inconnu de cette guérilla. Il soutient, les accords de Paix de 1990 qui ont abouti à la rédaction de la Constitution de 1991 qui organise la vie politique, sociale et économique du pays avec la mise en place de l’état social de droit, et la création de différents instruments juridiques pour protéger les droits fondamentaux.   Le rôle actif que le M19 a eu dans la rédaction de la Constitution a permis que celle-ci devienne une Constitution  progressiste dans le sens qu’elle reconnaît entre autre la fonction social et écologique de la propriété(qui était déjà reconnu en Colombie depuis 1936), garantit les droits des minorités ethniques d’être consultés lorsque des projets de développement vont être mis en place dans leur territoire, crée la « tutela », qui est une action publique que n’importe quel citoyen peut exercer devant un juge lorsqu’un de ses droits fondamentaux, y compris sociaux-économique est violé par  l’État. Cependant, malgré les grandes avancées la Colombie a du mal à appliquer sa Constitution.

 

  En même temps, la reconnaissance que Petro avait dans des villages de Cundinamarca, près de Bogotá lui a permis d’emporter le siège de sa circonscription et arriver à la Chambre de représentants.    Il a organisé plusieurs débats de la corruption économique des élites, notamment le débat sur le détournement de fonds de certains membres de la garde rapproché du président Pastrana.

 

   C’est surtout les débats sur les liens entre les élites régionales et nationales avec les groupes paramilitaires qui ont permis à Petro de devenir un des sénateurs les plus reconnus du pays. Il a dénoncé que certains sénateurs s’étaient fait élire avec l’argent et le soutien des groupes paramilitaires, ou avaient même organisé des massacres commis par les paramilitaires.[2] 

 

   Il faut dire que différentes décisions des tribunaux pénales colombiennes, tantôt ordinaires, tantôt de justice transitionnelle ont confirmé ce que Petro a dénoncé :   pendant le gouvernement de Alvaro Uribe il y avait un nombre important des membres du Congrès qui étaient des alliés des groupes paramilitaires.[3]

 

     Ces dénonciations ont permis à Petro de gagner une reconnaissance au sein de la société colombienne et de gagner les élections pour la mairie de Bogotá. 

 

        La gestion de Petro a divisé l’opinion publique au niveau locale et même au niveau national.  Une de ses décisions les plus polémiques a été la “nationalisation” de certaines collectes de poubelles pour inclure les éboueurs de déchets recyclables dans le ramassage des ordures de la ville.   Au début, il y a eu une crise de poubelles, étant donné que la transition entre le système privé et le système public a été difficile car les entreprises privées qui géraient la collecte des ordures ne voulaient pas céder une partie de leur activité à la ville. C’est ainsi, que le Procureur Général de la République une personne d’extrême droite décide de destituer Petro (la Constitution lui conférant ses pouvoirs),   Cependant, grâce à des mobilisations, et à un accord avec le Président de la République qui avait besoin des voix de la gauche pour battre l’extrême droite au second tour des élections de 2014, Petro a soutenu le Président Santos pour sa réélection afin que les négociations de paix continuent, et que Petro puise rester au pouvoir à la mairie.  

 

   Sa gestion est marquée par des succès sur le plan social avec une amélioration de l’éducation dans la ville avec des Programmes que l’Unesco a applaudis[4], et en santé. La mortalité infantile a diminué.  Les résultats économiques de la ville sont très corrects avec une réduction de la pauvreté, une diversification de l’économie locale et les finances publiques de Bogotá reçoivent une qualification très positive de la part de l’agence de notation Moody[5]. Concernant, la politique environnementale il a reçu des prix au niveau international, et il faut même mentionner le fait que dans une conférence Al Gore a déclaré que Petro était une figure importante dans la lutte contre le changement climatique ainsi que différents experts et leaders ont vanté son programme pour adapter Bogotá au changement climatique[6].

 

  En même temps, il faut reconnaître que Petro n’a pas eu le temps de mettre en place tout son programme. Il a eu du mal à résoudre le problème du transport en commun de la ville de Bogotá et de la sécurité (malgré une amélioration des indices de son taux d’homicides).  Cela a entraîné une déception de la part d’un secteur de classes moyennes qui l’avait soutenu lors de son élection au Sénat et à la mairie, mais qui ne va pas le soutenir pour le premier tour de l’élection présidentielle.

 

  Cependant, la persécution de la part des autorités judiciaires contre Petro qui, sans être accusé d’aucun acte de corruption a reçu des sanctions disciplinaires plus lourdes que des fonctionnaires qui ont commis des actes de corruption, et le succès de certaines politiques sociales et culturelles ont permis à Petro de créer une base électorale solide au niveau local et national.

 

 C’est ainsi donc que c’est une des rares fois dans l’histoire de la Colombie que les forces de changement ont une grande possibilité d’être au second tour de l’élection présidentielle. 

 

 Petro est influencé par les idées du libéralisme politique. Il faut dire que ces idées « libérales » ont souvent été dans le camp du progrès en Amérique Latine, et même dans le plan social car beaucoup des « libéraux » latino-américains ont compris que le pluralisme politique, la séparation des pouvoirs ne pouvait pas être faite sans la garantie de certains droits sociaux-économiques pour les citoyens.  En même temps, dans un pays catholique, et en étant en faveur de la liberté de culte il essaie de convaincre l’électorat catholique en se rappelant que son programme reprend d’une certaine façon l’idée amour pour les pauvres et de respect envers la dignité de l’être humain, idées auxquels le dogme catholique est très attaché.  

 

   En termes philosophiques, Petro est influencé par Foucault, et Habermas. Sur le plan économique il reprend l’économiste américain Jeremy Rifkin ou Paul Mason. Il parle d’adaptation de l’économie à la révolution numérique et de la nécessité d’utiliser des indicateurs différents du PIB pour mesurer le développement d’un pays.

 

   Petro a nommé son programme « Pour une Colombie Humaine ». Le but est de remettre l’être humain au centre dans les politiques de développement économique.  Petro a un programme de lutte contre le changement climatique en voulant mettre en place la transition écologique en utilisant le potentiel en énergie renouvelable de la Guajira une zone du nord du pays.  Il veut aussi lutter contre la grande concentration foncière en Colombie en instaurant une taxe pour les terres fertiles improductives qui aujourd’hui sont dédiés à l’élevage extensive, afin d’encourager   la production agricole. Il veut aussi avancer envers la gratuité de l’éducation et se diriger vers la fin de l’intermédiation financière dans le secteur de la santé.   En même temps, les différentes dénonciations que Petro a fait sur les actes de corruption des élites politiques et économiques lui donne une certaine crédibilité dans son discours de lutte contre la corruption.

 

  Finalement, Petro propose de dépasser le clivage gauche-droite et propose un nouveau clivage dans la géopolitique internationale.  Pour lui, le clivage est entre ceux qui sont en faveur d’une transition écologique et sont favorable à une régulation du capitalisme au niveau internationale pour que l’être humain soit au centre du développement économique.  Dans cette alliance « pour la vie » il inclurait Merkel qui a décidé de sortir du nucléaire et a eu d’autres décisions politiques en faveur de l’environnement très courageuses. De l’autre côté il y aurait la droite ultralibérale de Trump, mais aussi des gouvernements de « gauche » qui n’ont pas osé de s’inscrire dans la transition écologique. C’est le camp du « vieux monde ». 

 

  Quoique la possibilité de la victoire de Petro est toujours incertaine, en cas de victoire son grand défi va être de créer une alliance progressiste avec des gens de centre qui lui permet de gouverner autour d’un programme pour continuer à construire la paix dans le pays. Il va devoir donc former une équipe de gouvernement avec des personnes qui se compromettent à mettre en place un programme, mais qui n’ont pas travaillé avec lui dès la première heure. C’est pourquoi il a déjà cherché comme formule vice présidentielle une personne venant du monde académique qui n’a pas son parcours militant. Et, surtout il va devoir institutionnaliser son programme afin que ses politiques aient une continuité au-delà de sa personnalité très populaire, mais aussi très résistée.  

 

   L’autre défi va être celui de promouvoir l’investissement étranger dans les énergies renouvelables pour pouvoir mettre en place sa politique de transition écologique et passer d’un modèle productif qui dépend en grande partie du pétrole et du charbon à une économie plus diversifié.   

 

  Petro, va devoir aussi apprendre des erreurs de la gauche latino-américaine. Il doit gouverner avec une autocritique, afin que les critiques légitimes face aux erreurs ou désaccords que la mise en place de toute politique publique génère, ne soient pas capitalisés par les courants les plus conservateur qui vont essayer de devenir les porte-paroles du mécontentement, désaccords ou désillusions légitimes d’une partie de la population avec des politiques publique « progressistes » pour accéder à nouveau au pouvoir.

 

     Enfin, dans un contexte dans lequel l’extrême droite garde un grand pouvoir politique, économique et une certaine hégémonie culturelle au sein de la société colombienne, il va devoir faire face aux rumeurs que celle-ci essaie d’installer au sein de la population comme quoi Petro ne serait qu’un représentant du « castro-chavisme » qui vient exproprier les petits propriétaires.  En même temps face à cette droite qui s’oppose aux accords de paix , cette droite qui veut seulement punir les membres de FARC et qui oublie les 3000 jeunes des quartiers populaires assassinés et déguisés en guérilleros pour montrer les résultats de la politique de sécurité d’Uribe[7], cette droite qui n’a pas honte de recevoir le soutien des membres ayant un lien avec des réseaux du crime organisé[8], cette droite  avec des idées conservatrices sur le plan social, mais ultralibérales sur le plan économie, cette droite très proche du Parti Populaire espagnol et du Parti Républicain aux EUA, cette droite qui s’est parfois formés dans des grandes universitaires ce qui lui a permis  de se constituer un réseau au niveau international qui lui a permis d’élire un de ses représentants à la tête de la Banque Interaméricaine de Développement,   cette droite qui se résiste à accepter la fonction social et écologique de la propriété privée, cette droite qui croit dans la théorie du ruissellement et qui veut exclure le politique des débats économiques car ceux-ci devraient être laissés aux experts, face à cette droite Petro va devoir créer des alliances au niveau national et international, pour montrer comment un programme économique hétérodoxe qui tient en compte des questions politique et sociales dans le fonctionnement du système économique peut améliorer la qualité de vie de citoyens, et raffermir l’État Social.



[3]Gustavo Petro, el último debate

 http://lasillavacia.com/historia/12017

 

[5] Buenas calificaciones de Bogotá en finanzas públicas

https://www.elespectador.com/noticias/bogota/buenas-calificaciones-de-bogota-finanzas-publicas-articulo-607431

[6] Gustavo Petro, en pie de lucha contra el cambio climático

https://www.forbes.com.mx/gustavo-petro-pie-lucha-cambio-climatico/

 

[7] Colombian army killed thousands more civilians than reported study cliams

https://www.theguardian.com/world/2018/may/08/colombia-false-positives-scandal-casualties-higher-thought-study

 

[8] Duque y sus apoyos cuestionados.(y aceptados)

http://lasillavacia.com/los-apoyos-cuestionados-y-aceptados-de-duque-65921

 

 

 

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