La fraternité ne s’arrête pas aux frontières. La France n’existe pas isolée du monde, et les réponses aux défis de notre époque, de la crise climatique à la montée des autoritarismes, ne se construisent pas uniquement au niveau national.
Nous défendons une Europe souveraine, démocratique et écosociale : rééquilibrage du pouvoir entre la Commission technocratique et le Parlement élu, harmonisation des droits sociaux et des normes environnementales vers le haut, défense européenne coordonnée. Cette souveraineté passe par le développement d’outils propres, dont un commandement intégré, et d’instances politiques nouvelles, comme un conseil de sécurité continental, permettant d’avancer sans attendre une réforme fastidieuse des traités et d’associer des pays hors de l’Union, du Canada au Royaume-Uni en passant par l’Ukraine.
Notre diplomatie doit être au service de la paix : soutien plein à l’effort de guerre ukrainien, résolution politique des conflits plutôt qu’escalade militaire, contribution active à un ordre mondial multilatéral fondé sur le droit international. Notre politique extérieure doit être confortée pour diffuser une voix européenne et internationaliste, affirmant le respect du droit international à l’encontre de tous les impérialismes. Cela passe notamment par le renforcement de notre réseau diplomatique français, largement réduit ces dernières années. Cette exigence commence par l’exemplarité et le refus de la complicité silencieuse : nous défendons la fin des partenariats avec l’Etat d’Israël coupable de génocide et d’apartheid, et l’arrêt de toute collaboration militaire avec les États sérieusement soupçonnés de violation du droit international et des droits humains.
Nous voulons ouvrir le débat sur les réparations de l’esclavage et des colonisations. Après la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU reconnaissant, en mars 2026, la traite transatlantique et l’esclavage comme le « plus grave crime contre l’humanité », les pays africains et des Caraïbes ont adopté un texte commun en dix-huit points. Il détaille de multiples pistes de réparations : excuses officielles, accélération des restitutions d’artefacts et de restes humains, réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, allègements ou restructurations des dettes, justice climatique. La France doit s’engager dans ce débat avec la lucidité que son histoire lui impose. En particulier, elle doit enfin ouvrir la voie à la réparation financière envers la République haïtienne, pour la dette extorquée lors de son indépendance pour l’indemnisation des esclavagistes français, dont Haïti n’a achevé le remboursement que dans les années 1950. Ces réparations doivent être faites au nom de la France, mais devront être financées par une juste contribution des entreprises et patrimoines financiers aujourd’hui héritiers et receleurs de cette rançon.
Ces débats s’inscrivent dans une exigence plus large : refonder la relation de l’Europe aux Afriques et à la Méditerranée. Une politique de solidarité internationale nouvelle doit voir le jour, fondée sur un partenariat multidimensionnel et l’égalité des parties prenantes, plutôt que sur les rapports de forces économiques qui structurent encore les institutions de Bretton Woods. Des coopérations, y compris décentralisées, avec la Méditerranée, la zone afro-caribéenne et les pays asiatiques, doivent remettre à plat les rapports de domination passés et présents. Les aides au développement, mises en danger par des coupes budgétaires drastiques, doivent être défendues et leurs principes réformés, pour une refondation horizontale aux modalités communes et mutuelles. La fraternité que nous voulons faire vivre en France est la même que nous devons au monde.