La fraternité n’est pas une valeur sentimentale, mais un véritable projet politique : celui d’une société qui reconnaît l’interdépendance comme condition humaine fondamentale, qui refuse la compétition et la défiance comme règles du jeu social. Une société qui, au contraire, fait du soin à celles et ceux qui nous entourent, à nos frères et sœurs en humanité comme au vivant en général, le fondement du contrat social. Contre le récit de l’extrême droite, qui prospère sur la peur et la hiérarchie, nous opposons un projet d’empathie, de lien et d’accueil.
Le travail de soin est invisible, sous-payé, assigné de façon disproportionnée aux femmes, aux personnes racisées et migrantes. Cette double dévalorisation, du travail et de celles et ceux qui l’accomplissent, perpétue leur relégation. Reconnaître le soin comme contribution essentielle au bien commun est un impératif politique. Une société qui sous-paie celles et ceux qui prennent soin, éduquent et accompagnent révèle l’échelle réelle de ses valeurs. C’est aussi le sens du modèle du temps libéré auquel nous aspirons : il doit permettre à chacun·e de s’investir dans la vie sociale, notamment dans les associations qui constituent le terreau du vivre ensemble, de l’éducation populaire et de l’épanouissement.
Prendre soin, c’est aussi garantir des services publics à visage humain. La dématérialisation forcée a supprimé les guichets là où les gens en ont le plus besoin, excluant les plus fragiles et déshumanisant le travail des fonctionnaires eux-mêmes. Nous voulons rétablir partout un accueil humain et lutter contre la fracture numérique : aucun droit ne doit dépendre de l’accès à internet ou de la maîtrise des outils digitaux, à l’heure où 15% de la population française souffre d’illectronisme.
Cette société du soin est aussi une réponse au sentiment d’insécurité. La sécurité ne se réduit pas à la répression des délits et des crimes : elle se construit par la présence de liens, de services, de dignité. En 2024, le taux de récidive cinq ans après la sortie de prison atteignait 63 % : le tout-carcéral ne protège personne. Les Français·es le savent : 81 % souhaitent renforcer les actions sociales dans les quartiers en parallèle des mesures sécuritaires.
La sécurité passe par une justice proche, réactive et fermement indépendante, garante des libertés publiques. Nous voulons la doter de moyens renforcés pour permettre aux magistrat·es d’exercer leurs missions dans de bonnes conditions et garantir un service public accessible sur tout le territoire.
Rendre justice ne signifie pas punir toujours davantage. L’inflation législative et sécuritaire des dernières années n’a pas produit les résultats promis : elle a complexifié le droit, engorgé les tribunaux et les prisons et parfois fragilisé nos libertés, sans suffisamment traiter les causes de la délinquance. Nous voulons sortir de cette fuite en avant, et refusons l’opposition artificielle entre prévention et fermeté. La véritable fermeté consiste à choisir les politiques qui fonctionnent. Une politique de sécurité efficace doit agir avant, pendant et après l’infraction. Cela suppose de réinvestir dans la prévention spécialisée, la protection de l’enfance, l’insertion et les associations qui interviennent au plus près des personnes, directement sur le terrain. Cela suppose également de donner à la justice les moyens de mieux accompagner les victimes et de développer, chaque fois qu’elles sont adaptées, les alternatives à l’incarcération, les mesures de probation et la justice restaurative. La peine doit protéger la société, réparer autant que possible le préjudice subi et permettre la réinsertion : préparer la sortie et prévenir la récidive protège davantage que laisser la prison devenir un lieu de désocialisation et de reproduction de la violence.
Cette exigence vaut aussi pour le narcotrafic, qui menace directement notre pacte républicain : ces dernières années, des candidat·es, des élu·es, des magistrat·es et des citoyen·nes ont été menacé·es ou intimidé·es par des réseaux criminels. La France mène pourtant depuis des décennies l’une des politiques les plus répressives d’Europe en matière de stupéfiants, sans avoir fait disparaître ni la consommation ni les trafics. Concentrer policier·es, magistrat·es et places de prison sur les consommateur·ices et les petits revendeurs ne désorganise pas durablement les réseaux. Ceux-ci prospèrent aussi sur les fractures de notre société : là où l’école décroche, où l’accès à l’emploi se ferme, ils trouvent plus facilement une main-d’œuvre jeune et vulnérable. Lutter contre le narcotrafic suppose donc d’investir massivement dans l’éducation, la médiation, l’emploi et les services publics des territoires les plus exposés, tout en rétablissant une police de proximité capable de construire une relation durable avec les habitant·es.
Nous voulons au contraire concentrer les moyens d’enquête sur les têtes de réseaux, leurs logisticiens, leurs circuits de blanchiment et leurs patrimoines, et nous attaquer à la racine du problème : l’assèchement des ressources financières qui alimentent ces organisations. Nous devons ouvrir un débat lucide sur les moyens les plus efficaces de tarir cette manne, notamment par une politique de légalisation et de distribution strictement encadrée de certaines substances pour les adultes informé·es, afin de retirer aux mafias le contrôle de marchés aujourd’hui abandonnés à l’illégalité. Il faut cesser de traiter les consommateur·ices comme le dernier maillon d’une chaîne pénale, et considérer les addictions pour ce qu’elles sont : un enjeu majeur de santé publique. Cela implique d’investir dans la prévention, la réduction des risques et l’accompagnement des personnes dépendantes.
La République doit être plus forte que les trafics : cela suppose des moyens, du courage politique et une stratégie combinant prévention, éducation, santé publique, répression ciblée des organisations criminelles et assèchement de leurs profits.
Des millions de personnes ne bénéficient pas des droits auxquels elles peuvent légalement prétendre. Le non-recours dépasse 30 % pour de nombreux dispositifs. Ce chiffre est le résultat d’une complexité administrative délibérée et d’une logique de suspicion qui épuise les personnes précaires avant qu’elles n’obtiennent ce qui leur revient. Nous défendons l’automaticité du versement des minima sociaux : les droits doivent aller vers les gens, plutôt que l’inverse.
Le logement est l’un des droits les plus fondamentaux qui demeure aujourd’hui bafoué pour trop nombreux·ses de nos concitoyen·nes. Entre 300 000 et 350 000 personnes sont sans domicile fixe en France selon la Fondation pour le logement des défavorisés, dont 38 % de femmes, 25 % de familles monoparentales et 20 % de jeunes de 18 à 25 ans. La nuit du 18 au 19 août 2025, plus de 2 000 enfants dormaient dans la rue, dont 500 de moins de trois ans. Dans la septième puissance économique mondiale, ce scandale appelle des réponses immédiates. Nous voulons mettre en œuvre le droit à l’hébergement opposable et son principe d’inconditionnalité, engager un plan massif de construction de logements sociaux et intégrer les résidences étudiantes privées aux parcs CROUS dans les villes tendues. Face au réchauffement climatique, une adaptation d’ampleur est nécessaire : un plan national de rénovation du bâti, volets et isolation compris. Pour forcer les propriétaires à engager les travaux nécessaires, nous proposons de créer un droit nouveau pour les locataires de passoires et de bouilloires thermiques : celui de ne pas payer son loyer lors des événements climatiques intenses, canicules comme grand froid. Un logement qui met en danger ses habitant·es ne mérite pas d’être payé.
Soixante ans après les décolonisations, le racisme demeure systémique en France. Un système de domination ancré dans des siècles d’histoire ne s’efface pas sans un travail politique volontairement antiraciste. Pourtant, cette réalité demeure doublée d’un déni politique obstiné, comme si la reconnaissance des discriminations, davantage que leur existence documentée, menaçait la République. Pour ne citer qu’un seul chiffre, rappelons que le Défenseur des Droits a établi dès 2017 que les personnes perçues comme noires ou arabes ont une probabilité 20 fois plus élevée d’être contrôlées par la police. De Zyed Benna et Bouna Traoré, morts à l’âge de 17 et 15 ans en 2005, à El Hacen Diarra, travailleur mauritanien décédé en garde à vue en 2026 après une interpellation d’une violence inouïe, la liste des personnes racisées tuées par la police est bien trop longue, et les réponses politiques continuent de se faire attendre. Ces exemples ne relèvent pas de comportements individuels : ils révèlent un problème institutionnel.
Mettre fin à l’impunité des violences policières exige une réforme profonde de l’IGPN et de l’IGGN. Le modèle britannique montre qu’une autre voie existe : une agence civile indépendante du ministère de l’Intérieur, dont aucun dirigeant ne peut être issu des forces de l’ordre, transparente dans ses résultats et orientée vers l’amélioration de la confiance du public plutôt que vers la protection de l’institution. En France, l’IGPN est constituée à 72 % de policier·es en exercice et se donne pour mission de « protéger la police d’elle-même ». L’écart dit tout. Nous voulons créer une autorité de contrôle de la police complètement indépendante et instaurer le récépissé de contrôle d’identité pour rendre le profilage racial mesurable et donc combattable. Il est également indispensable d’abroger la loi de 2017 sur l’usage des armes à feu en cas de refus d’obtempérer, tout comme celle de juillet 2026 garantissant la présomption d’usage légitime de l’arme pour les forces de l’ordre. Nous défendons enfin une formation initiale des policier·es portée à deux ans, avec un accent fort mis sur la désescalade, les techniques de mise à distance et la lutte contre les VSS, les discriminations racistes et LGBTQIphobes.
Au-delà des violences policières, les discriminations racistes perdurent dans tous les domaines de la vie : emploi, logement, santé, justice, éducation. Y répondre exige des outils contraignants et des moyens réels. Nous voulons élargir les prérogatives du Défenseur des Droits, avec la création d’un fonds de soutien aux actions de groupe contre les discriminations qui lui soit rattaché et un pôle d’accompagnement juridique dans le dépôt de plainte : les victimes ne doivent plus porter seules le poids de la preuve et de la procédure. Nous défendons l’obligation de formation à la non-discrimination dans les domaines où elle est particulièrement prégnante : la fonction publique et les grandes entreprises, le marché du logement, les professionnel·les de santé. Et parce qu’aucune réconciliation ne se construit sur le déni, nous proposons la création d’une journée nationale de mémoire de la colonisation, crime contre l’humanité.
L’antiracisme exige de combattre avec la même vigueur tous les racismes : de l’antisémitisme et l’islamophobie, en augmentation, à l’antitsiganisme, tristement banalisé, en passant par toutes les formes de discrimination raciales. Quand un ministre de l’Intérieur en exercice déclare « à bas le voile ! », comme l’a fait Bruno Retailleau le 26 mars 2025, c’est le gouvernement lui-même qui légitime la stigmatisation. Celle-ci a des conséquences très concrètes : 75 % des victimes d’actes islamophobes sont des femmes. Des polémiques sur l’abaya à celles sur le burkini, il est urgent d’en finir avec le dévoiement du principe de laïcité à des fins xénophobes. La loi de 1905 n’est ni un outil de stigmatisation ni une arme contre une partie de la population : elle garantit la liberté de conscience, l’égalité de toutes et tous et la séparation des Églises et de l’État. Nous devons défendre fermement cette laïcité républicaine, fidèle à ses principes, contre toutes celles et tous ceux qui cherchent à la dénaturer pour exclure, discriminer ou désigner des boucs émissaires.
À l’école, l’antiracisme doit devenir un principe fondamental et assumé, avec des sessions annuelles d’éducation à la lutte contre les discriminations raciales. La mixité sociale doit y être une priorité, grâce à une révision des cartes scolaires. Les enfants apprennent très vite de leur environnement : les études montrent qu’ils commencent à intérioriser des préjugés racistes dès deux à quatre ans. Ceux-ci se déconstruisent aussi par le lien et l’interconnaissance. Nous entendons soutenir, par des financements dédiés aux collectivités locales et construits avec les habitant·es, les fêtes et les animations de proximité qui rassemblent au-delà des origines et des appartenances. Nous voulons rendre le sport accessible à tous·tes, dans les grandes villes comme dans les villages, à tous les âges et quelle que soit la situation financière ou médicale, comme espace de mixité et de cohésion sociale. La ruralité et les quartiers populaires, en particulier, doivent voir leurs moyens renforcés pour que ce lien s’y construise aussi solidement qu’ailleurs.
Nous portons enfin une exigence de tolérance zéro pour les discours de haine : interdiction d’antenne pour les personnes condamnées pour incitation à la haine ou à la discrimination, et obligation d’exemplarité pour les fréquences publiques, dont le retrait doit être facilité pour les chaînes manquant aux obligations de pluralisme et de déontologie. Le racisme n’est pas une opinion comme une autre mais un délit ; et si la liberté d’expression doit être protégée absolument, elle ne saurait servir de paravent aux discours appelant à la haine.
La France a des obligations morales, juridiques et historiques envers les personnes contraintes à l’exil. Elle porte aussi une responsabilité dans les crises qui les provoquent : conflits liés à des décennies d’ingérence, dérèglement climatique, exploitation néocoloniale. Il ne s’agit pas de charité mais de responsabilité, de décence et d’humanité.
Nous voulons en finir avec la fabrique des sans-papiers. Cela commence dans les pays d’origine, en facilitant l’obtention de visas pour ouvrir des voies légales de migration accessibles et adaptées aux réalités de la mobilité internationale : chaque voie ouverte est un drame évité sur les routes migratoires irrégulières, et un pas vers le démantèlement des réseaux de trafic d’êtres humains. Cela se poursuit sur notre sol, en inversant la logique de l’intégration. Aujourd’hui, une « intégration » définie selon des principes flous et toujours plus restrictifs est devenue la condition du droit au séjour. Or, comment s’intégrer quand la menace d’une expulsion soudaine pèse sur le quotidien ? Nous proposons de créer un service public de l’intégration : apprentissage de la langue, facilitation de l’équivalence des diplômes, accompagnement dans l’accès au logement et au travail. Nous défendons la régularisation massive des personnes sans papiers installées en France, et la simplification du droit au séjour en faisant des titres pluriannuels la règle. Cela doit s’accompagner de la suppression de l’autorisation administrative de travail, qui maintient les travailleur·ses étranger·es sous la coupe du patronat, au détriment des droits de l’ensemble de celles et ceux qui travaillent. Ces mesures de justice sont aussi des mesures de bon sens : elles résorberaient l’engorgement insensé des préfectures et mettraient fin à la précarité administrative artificiellement organisée par des années de politiques anti-immigration dictées par l’extrême droite. Nous portons également le droit de vote aux élections locales pour les étranger·es résidant légalement en France depuis cinq ans, comme c’est déjà le cas pour les immigré·es intra-européen·nes. Enfin, nous voulons faciliter l’obtention de la nationalité française pour les personnes résidant en France depuis plus de 10 ans : d’une décision discrétionnaire par décret, nous souhaitons passer à une naturalisation sur déclaration, de plein droit pour toutes celles et ceux qui remplissent les critères d’éligibilité.
La rétention administrative, système qui prive de liberté des personnes n’ayant commis aucun crime, doit devenir le dernier recours réservé aux cas de menace réelle pour l’ordre public, avec une durée maximale ramenée à 20 jours : la grande majorité des éloignements ont lieu dans les premiers jours, et au-delà, l’enfermement ne sert plus qu’à briser des vies. Nous voulons développer les alternatives, dont le départ volontaire, et en finir avec l’obsession du taux d’expulsion. Il est également nécessaire d’accorder un titre de séjour pérenne aux personnes non expulsables, pour mettre fin à des situations de non-droit et d’enfermement inutile.
Celles et ceux qui viennent en France chercher le refuge méritent également un accueil digne. L’enfermement aux frontières doit cesser, afin de garantir à chacun·e le droit de demander l’asile sereinement, conformément aux dispositions de la Convention relative au statut de réfugié de 1951. Nous défendons en outre l’augmentation des moyens humains de l’Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides (OFPRA), pour faire de la qualité du traitement des demandes la priorité, et la construction de nouvelles places d’hébergement afin de garantir à chaque demandeur et demandeuse un toit.
À l’école, nous proposons une grande campagne de sensibilisation aux réalités de l’immigration, en partenariat avec les associations, pour déconstruire les préjugés et répondre aux mensonges de l’extrême droite avec des faits et des récits humains.
En Méditerranée enfin, la mort sert aujourd’hui d’outil cynique et indigne de contrôle migratoire. Au moins 2 108 personnes sont mortes en mer en 2025, 40 000 depuis 2014. Pendant ce temps, le budget de Frontex est passé de 6 millions d’euros en 2005 à 845 millions en 2023, multiplié par 140 en moins de vingt ans, alors que l’agence est accusée de multiples complicités de violations des droits humains. Nous voulons impulser, au niveau de l’Union européenne, un dispositif coordonné de sauvetage en mer, financé par la réallocation des crédits de Frontex, qui doit être supprimée. Sauver des vies doit redevenir la première mission de l’Europe en Méditerranée.
La fraternité ne s’arrête pas aux frontières. La France n’existe pas isolée du monde, et les réponses aux défis de notre époque, de la crise climatique à la montée des autoritarismes, ne se construisent pas uniquement au niveau national.
Nous défendons une Europe souveraine, démocratique et écosociale : rééquilibrage du pouvoir entre la Commission technocratique et le Parlement élu, harmonisation des droits sociaux et des normes environnementales vers le haut, défense européenne coordonnée. Cette souveraineté passe par le développement d’outils propres, dont un commandement intégré, et d’instances politiques nouvelles, comme un conseil de sécurité continental, permettant d’avancer sans attendre une réforme fastidieuse des traités et d’associer des pays hors de l’Union, du Canada au Royaume-Uni en passant par l’Ukraine.
Notre diplomatie doit être au service de la paix : soutien plein à l’effort de guerre ukrainien, résolution politique des conflits plutôt qu’escalade militaire, contribution active à un ordre mondial multilatéral fondé sur le droit international. Notre politique extérieure doit être confortée pour diffuser une voix européenne et internationaliste, affirmant le respect du droit international à l’encontre de tous les impérialismes. Cela passe notamment par le renforcement de notre réseau diplomatique français, largement réduit ces dernières années. Cette exigence commence par l’exemplarité et le refus de la complicité silencieuse : nous défendons la fin des partenariats avec l’Etat d’Israël coupable de génocide et d’apartheid, et l’arrêt de toute collaboration militaire avec les États sérieusement soupçonnés de violation du droit international et des droits humains.
Nous voulons ouvrir le débat sur les réparations de l’esclavage et des colonisations. Après la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU reconnaissant, en mars 2026, la traite transatlantique et l’esclavage comme le « plus grave crime contre l’humanité », les pays africains et des Caraïbes ont adopté un texte commun en dix-huit points. Il détaille de multiples pistes de réparations : excuses officielles, accélération des restitutions d’artefacts et de restes humains, réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, allègements ou restructurations des dettes, justice climatique. La France doit s’engager dans ce débat avec la lucidité que son histoire lui impose. En particulier, elle doit enfin ouvrir la voie à la réparation financière envers la République haïtienne, pour la dette extorquée lors de son indépendance pour l’indemnisation des esclavagistes français, dont Haïti n’a achevé le remboursement que dans les années 1950. Ces réparations doivent être faites au nom de la France, mais devront être financées par une juste contribution des entreprises et patrimoines financiers aujourd’hui héritiers et receleurs de cette rançon.
Ces débats s’inscrivent dans une exigence plus large : refonder la relation de l’Europe aux Afriques et à la Méditerranée. Une politique de solidarité internationale nouvelle doit voir le jour, fondée sur un partenariat multidimensionnel et l’égalité des parties prenantes, plutôt que sur les rapports de forces économiques qui structurent encore les institutions de Bretton Woods. Des coopérations, y compris décentralisées, avec la Méditerranée, la zone afro-caribéenne et les pays asiatiques, doivent remettre à plat les rapports de domination passés et présents. Les aides au développement, mises en danger par des coupes budgétaires drastiques, doivent être défendues et leurs principes réformés, pour une refondation horizontale aux modalités communes et mutuelles. La fraternité que nous voulons faire vivre en France est la même que nous devons au monde.