Libérer le temps, partager le pouvoir

Pour une société du temps libéré.

La liberté commence par le temps de vivre. Le temps de rêver, de créer, de s’occuper des siens, de s’engager, de faire société ensemble : autant d’activités qui supposent qu’on ne soit pas épuisé par le travail. Or ce temps est aujourd’hui confisqué. 57 % des actif·ves se déclarent surchargé·es. Sept salarié·es sur dix ont ressenti un trouble lié au travail au cours des cinq dernières années. L’espérance de vie des hommes les plus pauvres est inférieure de treize ans à celle des plus riches : la pénibilité du travail tue, de façon profondément inégale. Alors que le changement climatique impose de repenser notre modèle économique, il est temps de questionner le sens de ce que nous produisons. La croissance telle que nous l’avons connue a déjà disparu, pourtant nous continuons de subir les dogmes de cette religion épuisée : il n’est plus temps de choisir son camp dans un débat dépassé, mais de bâtir une société nouvelle, tournée vers la post-croissance. Il est temps de partager les emplois entre tous·tes, de valoriser les activités qui existent en dehors du profit, de retrouver du sens. En deux mots, il est temps de travailler moins, de travailler mieux.

Nous défendons la semaine de quatre jours en allant vers 28 heures de travail hebdomadaire, sans réduction de salaire. Une telle réduction du temps de travail permettrait de créer entre 1,5 et 2 millions d’emplois supplémentaires en CDI, compensant le coût salarial par la réduction des dépenses liées au chômage. De multiples entreprises, en France ou au Royaume-Uni par exemple, ont expérimenté la semaine de quatre jours avec succès, et 70 % des Français·es s’y déclarent favorables. Dans un contexte où l’essentiel du travail domestique continue de reposer sur les femmes, leur accès à l’emploi est souvent synonyme de double journée. La réduction générale du temps de travail est donc, par essence, une mesure féministe, qui pose les conditions d’une répartition plus égale. Nous défendons également l’extension aux indépendant·es des droits déjà obtenus par les salarié·es : congé maternité, paternité et parental, congés longue durée. Encourager le développement de coopératives est une piste pour permettre à ces professions d’accéder, elles aussi, à un droit au repos effectif.

Ce droit au repos ne s’arrête toutefois pas aux portes du monde du travail. Nous souhaitons le garantir pour tous·tes, notamment pour les élèves et les étudiant·es : alors que les collégien·nes et les lycéen·nes sont épuisé·es par des journées trop longues, une réforme profonde des rythmes scolaires s’impose, avec une réduction des cours magistraux et l’interdiction des journées de plus de sept heures.

La société du temps libéré passe également par une sixième semaine de congés payés pour tous·tes : conquis par le Front Populaire en 1936, le droit aux congés a progressé régulièrement jusqu’en 1982, comme une marche logique de l’histoire : les gains de productivité devaient permettre de libérer le temps. Mais depuis, plus rien. Pourtant, la productivité a continué d’augmenter.  Au-delà de la célébration de nos acquis, nous voulons ouvrir de nouveaux droits. Une sixième semaine de congés payés donc, et un droit réel et universel aux vacances, garanti par la puissance publique.

Chaque année, 40% des Français·es ne partent pas en vacances. C’est 83 % des bénéficiaires du RSA et 63 % des personnes aux revenus inférieurs à 1 285 euros. Ce n’est pas qu’une question d’argent : c’est une question d’exclusion. Ne jamais partir, c’est souvent avoir intériorisé que les vacances ne sont pas pour soi, un sentiment d’être citoyen·ne de seconde zone. Nous voulons un service public qui accompagne celles et ceux qui en ont besoin : via un ticket climat permettant de voyager en illimité avec les transports en commun, un Pass « Colo Verte », l’harmonisation des aides aux vacances de la CAF, la mise en avant des billets Lagrange ou encore la gratuité du BAFA et la mise aux normes des infrastructures. Pour que la découverte, le repos, l’accès au beau, le temps pour soi, deviennent de véritables leviers d’émancipation pour toutes et tous, plutôt qu’un vecteur supplémentaire d’inégalités.

L’entreprise est l’un des principaux angles morts de la démocratie. Des millions de personnes y passent l’essentiel de leur vie éveillée sans droit de regard sur les décisions qui les concernent directement. Ce que nous produisons, comment nous le produisons, comment s’en répartissent les fruits : ces questions appartiennent à celles et ceux qui travaillent, pas aux seuls détenteurs du capital. Nous défendons une représentation paritaire des salarié·es dans les conseils d’administration des grandes entreprises, avec un pouvoir réel sur les orientations stratégiques, un droit de veto suspensif des représentant·es du personnel sur les décisions de délocalisation et de restructuration, et l’interdiction des licenciements boursiers. Et parce que l’argent public ne peut pas continuer à financer sans condition ceux qui licencient, polluent et fraudent, une Haute Autorité indépendante conditionnera les aides aux entreprises à des engagements sociaux et environnementaux vérifiables.

Démocratiser l’entreprise, c’est aussi restaurer le droit du travail dans sa vocation première : protéger les travailleur·euses d’un rapport de force écrasant. L’inspection du travail, qui a perdu 20 % de ses effectifs en dix ans pendant que 764 personnes mouraient au travail en 2024, doit retrouver ses moyens et son indépendance. Les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) doivent être rétablis, et leurs pouvoirs renforcés. La sous-traitance en cascade, qui organise la dilution des responsabilités et l’exploitation des plus précaires, doit être interdite, et la responsabilité sociale et environnementale des donneurs d’ordre inscrite dans la loi. Enfin, parce que personne n’est inemployable, nous défendons la généralisation des Territoires zéro chômeur de longue durée : les dépenses publiques du chômage peuvent financer des CDI répondant aux besoins sociaux et écologiques des territoires.

À côté de l’entreprise capitaliste, une autre économie existe déjà. L’économie sociale et solidaire représente 13 % de l’emploi privé : des associations, des coopératives, des mutuelles qui placent l’utilité sociale avant le profit et pratiquent au quotidien la gouvernance partagée. Pourtant, l’ESS reste sous-financée. Nous voulons inverser cet ordre des priorités par une loi de programmation pluriannuelle de financement de l’ESS, afin d’en faire, à terme, le modèle majoritaire. Nous proposons la création d’un fonds public de développement pour accompagner la création ou la transition vers les SCOP et les SCIC, où les salarié·es sont aussi les décideurs. Chaque transmission d’entreprise doit être une occasion offerte aux salarié·es de reprendre collectivement leur outil de travail.

Les circuits de financement de l’économie doivent en outre être décorrélés de la finance spéculative au travers de mécanismes publics de financement, de la séparation accrue des activités bancaires d’affaires et de dépôts, et d’instruments de protection contre les dérives spéculatives (réglementation, cloisonnement, taxe Tobin…). Dans cette approche, la volatilité des cryptoactifs et les nuisances qu’ils occasionnent imposent de combattre leur assimilation à des capitaux classiques et, plus encore, leurs prétentions illusoires et dangereuses à constituer des monnaies privées.

Suivez le mouvement !

Recevez nos dernières actualités

En renseignant votre adresse vous acceptez de recevoir nos dernières informations par courrier électronique et vous prenez connaissance de notre politique de confidentialité.