Les enfants, des citoyen·nes en devenir dont les droits doivent devenir effectifs
Une société démocratique se juge souvent à la place qu’elle accorde aux plus vulnérables. La nôtre traite encore trop souvent les enfants en êtres inachevés, soumis à l’autorité totale des adultes, dont la parole vaut moins et dont les droits restent théoriques. Pourtant, la liberté s’apprend et se pratique dès l’enfance. Selon le Conseil de l’Europe, un enfant sur cinq est victime de violences sexuelles. En France, près d’un tiers des parents estiment encore que les punitions corporelles ont une utilité éducative. Ces violences massives sont encore largement traitées comme des choix privés alors qu’elles relèvent d’un système qui déconsidère les enfants et leur apprend en trop d’endroits la toute-puissance des adultes. Nous faisons nôtre cette exigence : considérer les enfants comme des égaux, avec leurs spécificités et leurs besoins propres, et rendre leurs droits effectifs. Les adultes ont une responsabilité d’accompagnement et de protection envers eux ; elle ne fonde aucun droit à la domination.
Cette considération nouvelle exige un changement de paradigme pour reconnaître l’importance de la place et de la voix des enfants. Cela implique le développement de villes et de villages à hauteur d’enfants, ou encore la sensibilisation à la prise en compte réelle de leur parole, particulièrement lorsqu’ils dénoncent des violences. Cette exigence doit aussi se traduire dans la participation à la vie publique : nous défendons le droit de vote à 16 ans, le droit de créer une association loi 1901 sans autorisation parentale et la généralisation des conseils d’enfants et d’adolescent·es à tous les niveaux de gouvernance, associée à la création de dispositifs facilitant l’engagement. Il est essentiel que celles et ceux qui vivront le plus longtemps avec les décisions d’aujourd’hui aient voix au chapitre.
Pour cela, l’école a un rôle crucial à jouer. Elle doit former des citoyen·nes capables de penser par eux-mêmes : cela suppose une éducation renforcée aux droits et à la citoyenneté dès le plus jeune âge. Alors qu’en 2025, 76% des 12-17 ans avaient déjà recours à l’intelligence artificielle au moins une fois par mois, l’éducation à l’information, aux médias et aux outils numériques, dont l’IA, est une priorité centrale pour former une jeunesse capable de raisonner librement. De plus, les savoirs pratiques et manuels, indispensables à l’émancipation intellectuelle, doivent être revalorisés, tout comme les métiers qui y sont associés, afin de faire évoluer les mentalités et de susciter des vocations chez les jeunes.
L’éducation doit garantir la liberté de choisir son destin. Aujourd’hui, notre école reproduit les inégalités qu’elle devrait combattre : à niveau scolaire égal, les enfants d’ouvrier·es sont démesurément orientés vers des filières non choisies. Au final, seuls 41 % d’entre eux accèdent à l’enseignement supérieur, contre 73 % des enfants de cadres. Il est temps de penser l’éducation à l’aune des plus fragiles, pour qu’enfin l’école devienne un véritable moteur pour l’égalité. Nous défendons la mise en place d’un lycée unique et polyvalent, qui supprime la hiérarchie entre voies générale, technologique et professionnelle pour assurer la complémentarité et la diversité des filières dans chaque lycée. Il doit s’adresser à tous·tes les jeunes, par l’extension de la scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans. Nous proposons aussi la mise en place d’un service public du soutien scolaire, permettant d’accompagner chaque élève vers l’accomplissement et de n’abandonner aucun enfant à l’arbitraire des difficultés sociales. Une révision des journées passées à l’école englobant le péri et le para scolaire doit être menée pour offrir aux enfants des temps et des contenus adaptés à leur rythme.
Pour financer le réinvestissement massif dans l’éducation nationale et lutter contre les inégalités, une refonte de la place du privé est indispensable. Les financements de l’enseignement privé sous contrat doivent être déterminés selon l’indice de position sociale : sans mixité sociale, pas de financement public. Leur contrôle doit être drastiquement renforcé, tant du point de vue du contenu que des méthodes pédagogiques. La République ne peut pas financer l’endoctrinement réactionnaire de la jeunesse, comme c’est le cas à Stanislas, ou les violences banalisées sur les plus jeunes, dont l’institut Betharram était un sinistre exemple. Enfin, dans les zones où l’école publique ferme, nous défendons la transformation des établissements privés en établissements publics : le bien commun et l’accessibilité pour toutes et tous doivent toujours primer sur les intérêts privés. A terme, nous défendons la fin du financement aux établissements privés.
L’école publique, gratuite et laïque est un pilier de notre République et l’un des premiers lieux où se construit la cohésion de la société. L’école doit permettre à chaque enfant, quelle que soit son origine sociale, culturelle ou familiale, d’apprendre, de grandir et de trouver sa place parmi les autres. En réunissant sur les mêmes bancs des enfants venus d’horizons différents, elle fait vivre concrètement l’égalité, la fraternité et la laïcité. Elle doit être un espace d’émancipation, où l’on apprend à penser librement, à respecter les différences et à partager ce qui nous rassemble. Se battre pour l’école publique, c’est défendre une société plus juste, plus unie et plus démocratique.
Le droit à une éducation émancipatrice pour tous·tes ne s’arrête pas au lycée : il se prolonge dans l’enseignement supérieur, comme prescrit par la Constitution. Nous appelons à la reconstruction d’un droit effectif à la poursuite d’études pour tous·tes les bachelier·es dans le domaine disciplinaire de leur choix. Cela passe par le rétablissement d’un véritable examen national du baccalauréat, assurant un niveau de qualification homogène quel que soit son lycée d’origine, et par l’abrogation de Parcoursup, machine injuste de tri social. Un système transparent, fondé sur le projet de chaque jeune, doit lui succéder, sans sélection. Pour cela, il est nécessaire d’ouvrir 100 000 places en première année du supérieur, et de financer les universités à la hauteur de leurs missions.
Alors que marchandisation et la financiarisation menacent aujourd’hui tout l’enseignement supérieur, la gratuité de l’éducation doit être la norme dans le supérieur public. Cela passe par la suppression des frais d’inscription et de la CVEC pour toutes et tous, y compris pour les étudiant·es étranger·es qui viennent enrichir nos formations. Nous défendons aussi l’accès gratuit, physique ou en ligne, aux ressources obligatoires pour chaque cursus. En parallèle, l’enseignement privé lucratif et les diplômes non-reconnus doivent être interdits et l’encadrement de la création des Centres de Formation d’Apprentis (CFA) rétabli.
Enfin, parce que les formations des classes aisées et celles des classes populaires ont droit à une égale dignité, nous proposons le rattachement des classes préparatoires et des formations sanitaires et sociales aux universités, au sein d’un nouveau modèle d’université de tous les métiers. Celles-ci devront mailler le territoire et laisser place à une diversité de modèles pédagogiques, tout en permettant une convergence du montant de l’investissement public dans les études de chacun·e.
L’université doit aussi être le lieu d’une recherche publique indépendante et foisonnante, tournée vers les enjeux de demain et libérée des logiques technocratiques. À l’heure où les savoirs et la communauté scientifiques sont attaqués dans plusieurs pays, la production et la diffusion d’une connaissance libre est plus que jamais une nécessité pour comprendre les transformations à l’œuvre. Nous entendons porter le financement de la recherche publique à 1% du PIB, et engager un plan de titularisation et de création de postes pérennes dans ce secteur : aujourd’hui, un tiers des agent·es de l’enseignement supérieur et de la recherche publics souffrent d’un statut précaire. Nous souhaitons mettre fin au système de financement par appels à projets, qui nuit à l’autonomie des chercheur·euses et les enchaîne à une bureaucratie infinie, ainsi qu’aux conflits d’intérêts entre recherche publique et intérêts privés (chaire Total au Collège de France, institut Bernard-Arnault à l’École polytechnique…). De même, le crédit impôt recherche (CIR) doit être conditionné strictement à des objectifs écologiques et sociaux, afin d’en réduire nettement le coût global et pour que l’argent public qui le finance profite réellement au bien commun.
Enfin, il est indispensable de rendre à la communauté scientifique sa pleine autonomie. Celle-ci va de pair avec une responsabilité devant la société : la recherche doit être orientée en fonction de la définition démocratique de nos besoins collectifs. Cela passe par un droit de regard citoyen et un Comité national de la recherche scientifique refondé en véritable parlement de la science, avec des conventions citoyennes pour éclairer des priorités trop longtemps négligées, comme la santé des femmes et des minorités.
La culture, condition de la liberté
C’est avec la culture que se construit la société. Elle est un pilier central du développement social, économique et démocratique de nos territoires, bien plus qu’un simple supplément d’âme : elle crée du lien, forge un imaginaire commun. Elle est un terrain essentiel pour permettre aux citoyen·nes de créer, de transmettre, de coexister et de rêver ensemble. Elle représente des centaines de milliers d’emplois, et fait vivre un tissu associatif et artistique indispensable à la vitalité sociale. Et pourtant, ce bien commun s’effondre sous nos yeux : depuis 2024, près de la moitié des collectivités ont réduit leurs crédits culturels, avec des contractions atteignant 62 % dans certaines régions. Les structures locales se fragilisent, les subventions disparaissent, les lieux ferment, les professionnel·les dénoncent une rupture historique. Cette casse silencieuse frappe d’abord les zones rurales et les publics les plus éloignés, concentrant toujours davantage l’offre culturelle dans les métropoles.
Nous voulons une société où la culture a toute sa place : reconnue, valorisée, soutenue dans son effervescence. Les politiques culturelles ne doivent plus être pensées comme de simples coûts, mais comme des leviers d’émancipation collective, d’attractivité économique et de justice territoriale. Ni l’argent, ni les barrières géographiques ou psychologiques ne doivent en freiner l’accès : nous défendons des tarifs progressifs, la gratuité quand elle est possible, et une offre pensée pour inclure les publics qui en sont aujourd’hui exclus.
Soutenir la création est un acte politique. Les métiers de la création restent précaires, et l’espérance de vie des artistes est en moyenne vingt ans plus courte que celle de la population générale : nous voulons des subventions et des commandes publiques garantissant des salaires décents, dans le respect des minima de conventions collectives, et une politique de santé au travail digne de ce secteur. Face à la captation de la diffusion par les algorithmes des plateformes, qui rémunèrent mal les ayants droit tout en construisant de nouveaux monopoles, nous défendons des alternatives publiques ou coopératives ainsi qu’une régulation ferme de ces algorithmes.
La production culturelle doit donner à voir toute la diversité de la société : rendre visibles les récits minoritaires, ethniques, linguistiques, sociaux ou de genre, par des politiques volontaristes et des espaces d’expression dédiés. Nous voulons renforcer le financement des conservatoires, des écoles et des associations, et développer l’éducation artistique et culturelle en lien avec l’école, pour que la transmission des savoirs et l’accès à la créativité ne soient jamais un privilège. Nous appelons à faire des équipements culturels, salles de spectacles, bibliothèques, médiathèques, de véritables espaces de rencontre et de participation citoyenne, inscrits au cœur des quartiers pour réduire les inégalités territoriales. La culture doit enfin interroger ses propres pratiques : production, déplacements, gestion des déchets, pour devenir plus sobre et plus résiliente, en accord avec les limites de notre planète.