Dans les Outre-mer, les inégalités structurelles prennent une forme particulièrement brutale. Vivre y coûte 30 à 40 % plus cher qu’en Hexagone, pour des revenus souvent inférieurs de moitié. La grande pauvreté y est 5 à 15 fois plus fréquente. Le chômage des jeunes atteint 47 % en Guyane. Cette situation n’est ni un accident ni une fatalité géographique, mais l’héritage d’un système colonial qui perdure sous d’autres formes : une économie structurée par l’importation, la rente et les monopoles. Un système qui maintient ces territoires dans une dépendance artificielle et étouffe toute souveraineté locale. Refuser la précarité structurelle des territoires ultramarins, c’est affirmer que la justice sociale et la dignité ne peuvent dépendre d’un code postal. C’est aussi réaffirmer qu’ils ne sont pas des marges, mais des avant-postes des luttes sociales, écologiques et antiracistes.
Les Outre-mer abritent 80 % de la biodiversité nationale et ne produisent que 5,4 % des émissions françaises de gaz à effet de serre ; ils subissent pourtant de plein fouet une accumulation de vulnérabilités environnementales et climatiques. Nous défendons un plan équitable et solidaire pour ces territoires : un plan d’adaptation pluriannuel doté de budgets dédiés, construit avec les collectivités et tenant compte des savoirs locaux. Il passe par la reconquête de la souveraineté alimentaire et hydrique, en modernisant des réseaux d’eau qui perdent jusqu’à 60 % de la ressource en Guadeloupe, et en défaisant l’économie de plantation : sortie des monocultures d’exportation au profit de cultures vivrières, fin des monopoles, ouverture sur les pays limitrophes pour briser l’isolement imposé par l’Hexagone. Il exige aussi de rendre justice aux victimes du chlordécone, par la reconnaissance d’un crime environnemental d’État, une indemnisation et la dépollution des sols et des eaux.
Nous voulons enfin faire de la mobilité des jeunes ultramarin·es un droit fondamental : quand un aller-retour entre Nouméa et Paris coûte plus de 2 000 euros, la continuité territoriale républicaine est une fiction. Nous proposons un droit universel à la mobilité et le développement des formations locales pour que partir soit un véritable choix, ainsi que l’ouverture de mobilités vers les bassins régionaux.
Si des décennies de luttes féministes ont permis d’immenses avancées, la domination masculine continue de s’exercer dans toutes les sphères de la vie privée et publique, de manière plus ou moins visible. Proclamer l’égalité de genre « grande cause du quinquennat » ne suffit en rien à renverser un système d’oppression si ancien, ancré dans nos institutions et nos représentations. Sans volonté de transformation radicale, la société continue d’entretenir les structures qui produisent les inégalités : de la dévalorisation des métiers féminisés à l’impunité des violences, en passant par l’invisibilisation du travail domestique.
Au moins une femme sur deux a déjà subi une violence sexuelle en France. Ce chiffre est multiplié par quatre concernant les femmes en situation de handicap. Un viol ou une tentative de viol a lieu toutes les deux minutes trente. 91% des victimes connaissent leur agresseur, qui sont à 97% des hommes. En 2024, 141 féminicides ont été recensés, un décompte morbide qui ne recule pas, année après année. Derrière ces chiffres, ce sont des vies entières qui sont marquées par un système qui protège mieux les agresseurs que les victimes. La Ciivise a chiffré à dix milliards d’euros par an le coût des conséquences des violences sexuelles sur les enfants en France.
Face à ce constat insoutenable, nous défendons une loi-cadre de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, dotée de trois milliards d’euros pour sa mise en œuvre. Elle comprend l’imprescriptibilité des crimes et délits sexuels sur mineur·es, parce que l’amnésie traumatique et le silence imposé par les agresseurs ne connaissent pas de délais de prescription. Elle garantit la prise en charge thérapeutique à 100 % des victimes et un accompagnement sociojuridique automatique à tout dépôt de plainte. Elle rend obligatoire la formation de tous·tes les professionnel·les de l’éducation et du soin au repérage des violences sexuelles, notamment sur les enfants. Elle s’accompagne d’une éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle effective, sans concession faite dans les programmes aux lobbies réactionnaires. Elle doit inclure la sensibilisation aux identités LGBTQIA+, afin de bâtir une société égalitaire et fondée sur le respect de l’autre dès le plus jeune âge.
L’égalité économique entre les femmes et les hommes exige aussi des outils contraignants. Les salaires des femmes sont inférieurs de 22 % à ceux des hommes, leurs retraites de 40 %, conséquence des carrières hachées et du temps partiel subi. Nous défendons la revalorisation salariale des métiers féminisés, la lutte contre les préjugés genrés dans l’orientation professionnelle, une égalité salariale vérifiable entreprise par entreprise, et un congé parental égal au congé maternité obligatoire pour le second parent : tant que la parentalité pèsera sur les seules femmes, l’égalité professionnelle restera un vœu pieux. Nous appelons également à la constitutionnalisation du droit à l’IVG, et non de la simple liberté, pour engager l’Etat à garantir son effectivité. Enfin, nous proposons d’engager une réflexion nationale pour aboutir à une proposition de législation pour l’autodétermination du genre.
Le handicap touche 17 % de la population, presque une personne sur cinq : une réalité considérable que les pouvoirs publics traitent encore comme une exception. Le validisme est une discrimination systémique, profondément ancrée dans nos institutions et nos imaginaires, qui maintient les personnes en situation de handicap en marge de l’école, de l’emploi, de l’espace public et de la vie citoyenne. Le taux de chômage des personnes concernées est deux fois supérieur à la moyenne nationale. Ces chiffres révèlent moins l’incapacité des personnes que celle d’une société qui n’a pas encore décidé de les traiter à égalité.
Des années après la loi du 11 février 2005 et la ratification par la France de la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées, les constats sont sévères : plus de 600 000 personnes vivent encore en institution, l’accessibilité généralisée reste un vœu pieux, le droit à l’éducation n’est toujours pas garanti, et des milliers de personnes doivent quitter la France faute de solutions adaptées.
Nous voulons une école réellement inclusive : un statut de fonctionnaire, une revalorisation et une formation réelle pour les AESH, des moyens matériels pour accueillir tous·tes les élèves sur l’intégralité du temps scolaire et extrascolaire y compris au lycée. Il faut faire de l’établissement spécialisé une exception, et non la règle par défaut. L’accès effectif à toutes les formations professionnelles, aujourd’hui largement inaccessibles, doit être garanti. La formation antivalidiste doit être rendue obligatoire pour les employeurs, les amendes pour non-respect du quota de 6 % de travailleur·ses handicapé·es augmentées et ce seuil progressivement relevé. Nous défendons l’accessibilité universelle comme règle de droit, pour tout le bâti neuf comme pour les transports, les bâtiments publics et les services numériques : un·e citoyen·ne qui ne peut accéder à un bureau de vote ou à un service public n’est pas un·e citoyen·ne à part entière.
Nous portons enfin un plan national de désinstitutionalisation, pour refuser la relégation et l’exclusion. Ce plan repose sur un engagement budgétaire pluriannuel pour le développement massif d’alternatives aux institutions : logements adaptés, services d’accompagnement à domicile, aides à la vie autonome. Ces politiques publiques doivent être co-construites avec les personnes concernées et leurs collectifs. Ce plan s’accompagne d’une refonte de la branche autonomie de la Sécurité sociale : revalorisation de l’AAH au niveau du SMIC et un meilleur cumul possible avec les revenus du travail. Vivre dignement parmi les autres ne peut pas rester un combat pour 12 millions de nos concitoyen·nes.
Les 2,5 millions de Français·es établi·es hors de France sont devenu·es, ces dernières années, le terrain d’expérimentation d’un désengagement méthodique de l’État. Notre enseignement français à l’étranger est livré à une marchandisation croissante qui l’éloigne des classes moyennes, françaises comme étrangères. La protection sociale des Français·es de l’étranger s’éloigne, elle aussi, des principes de notre Sécurité sociale, où chacun·e contribue selon ses moyens pour que la solidarité nationale couvre les risques de tous et toutes, en particulier des plus démuni·es. À cela s’ajoutent l’attrition des services consulaires et la saturation des services régaliens : les Français·es de l’étranger paient le prix d’une politique publique démantelée et incohérente. Nous soutenons l’appel de la société civile et des élu·es des Français·es de l’étranger, qui attendent que le gouvernement les traite enfin comme des citoyen·nes à part entière.
Nous voulons garantir l’accès à l’éducation française à tous les enfants, où qu’ils vivent. Le réseau de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) doit remplir pleinement sa mission de service public, avec des aides à la scolarité attribuées quand nécessaire, et un soutien à l’enseignement en langue française au-delà des seuls établissements homologués. L’école inclusive ne s’arrête pas aux frontières : les AESH qui accompagnent les enfants à l’étranger doivent bénéficier d’un contrat et d’un statut décents. Nous voulons également que l’AEFE puisse se consacrer pleinement au renforcement du réseau d’établissements français à l’étranger, sans avoir à financer les charges patronales des pensions civiles des personnels détachés de l’Éducation nationale.
Sur la protection sociale, nous refusons que la Caisse des Français de l’étranger reste la seule caisse de notre système de Sécurité sociale à devoir financer seule des missions de service public qui lui sont confiées par l’Etat. Seul l’État peut mobiliser la solidarité nationale par la redistribution des contributions sociales et fiscales, y compris celles versées par les Français·es de l’étranger. Nous voulons qu’il prenne enfin ses responsabilités et contribue aux missions de service public assumées par la CFE, notamment l’accès universel à la protection sociale garanti à tous·tes les Français·es résidant à l’étranger, ou encore l’accès au tarif aidé.