La Sécurité sociale a été conçue en 1945 pour être gérée par les assuré·es eux-mêmes. Depuis, cette ambition a été méthodiquement confisquée par l’État et le patronat. Nous voulons rendre la gouvernance de la Sécurité sociale aux assuré·es, avec un pouvoir délibératif réel. Nous défendons une assurance maladie universelle remboursant à 100 % un panier de soins défini démocratiquement, incluant la santé mentale. La gouvernance des établissements de santé doit être davantage démocratisée, en facilitant la participation des patient·es, des usager·es et du personnel.
La santé ne peut plus être laissée aux logiques de marché : il nous faudra inventer un grand service public de la santé tout au long de l’existence, de la naissance à la fin de vie, présent partout sur le territoire. En 2026, 30 % des Français·es vivent dans un désert médical. La lutte contre les inégalités de santé, qu’elles soient territoriales ou sociales, nécessite le développement massif de centres de santé publics et de maisons de santé pluriprofessionnelles avec des professionnel·les salarié·es et libéraux. Aujourd’hui, plus de la moitié des jeunes médecins aspirent au salariat, que ce soit à l’hôpital, en médecine du travail ou encore en centre de santé.La revalorisation des consultations des professionnel·les du médical et du paramédical, à l’hôpital comme en libéral, est par ailleurs nécessaire, et doit être pensée de manière globale et inclure des obligations quant à la lutte contre les inégalités en santé. De même, le sauvetage de nos hôpitaux nécessite des investissements massifs pour mieux protéger les patient·es et garantir de bonnes conditions de travail et de repos aux personnels médicaux qui enchaînent les heures, et dont le dévouement est aujourd’hui la variable d’ajustement des politiques austéritaires. Nous proposons enfin un pôle public du médicament, pour soustraire les traitements essentiels aux logiques de rente par le retour à la nation de laboratoires pharmaceutiques privés : entre 2009 et 2018, les dix-huit principales entreprises pharmaceutiques cotées ont dépensé davantage en dividendes qu’en recherche.
D’ici 2035, un quart de la population pourrait souffrir d’au moins une maladie chronique, sous l’effet de l’augmentation des maladies environnementales et du vieillissement. La prise en charge et l’accompagnement des malades dans la durée exige une coopération renforcée entre les professionnel·les de santé : nous défendons le développement de postes dédiés à la coordination des soins. Dans cette optique, le renouvellement et le remboursement des soins des personnes en affection de longue durée doivent être automatisés et simplifiés, et la prévention des maladies chroniques environnementales doit devenir une priorité. Cela suppose le renforcement de la lutte contre les PFAS et autres perturbateurs endocriniens, mais aussi des budgets pour l’information sur l’alimentation pendant la grossesse et la petite enfance. Nous appelons à la mise en place nationale d’un dispositif d’ordonnances vertes, qui permettent l’accès à une alimentation saine aux publics vulnérables, et dépendent aujourd’hui du bon vouloir des collectivités locales. Enfin, la santé au travail, pilier de la santé de chacun·e, nécessite davantage d’actions de prévention et une meilleure prise en charge.
La Ve République a fait la démonstration de son épuisement : un président omnipotent, un Parlement contourné, un peuple consulté pour être ignoré. Il est temps de réinjecter des contre-pouvoirs et de la responsabilité. Nous affirmons l’idéal de la démocratie représentative, lieu de confrontation à jamais imparfait, toujours insuffisant, mais toujours nécessaire des antagonismes sociaux et politiques. Nous souhaitons garantir aux élu·es les moyens et les conditions d’un exercice plein et entier de la part de souveraineté populaire qui leur est confiée, en échange d’une responsabilité politique forte. Celle-ci doit s’accompagner d’un devoir d’exemplarité : toute condamnation pour des faits de violences sexistes et sexuelles, d’incitation à la haine ou à la discrimination, de détournement de fonds publics et, de manière générale, d’atteinte à la probité, doit être incompatible avec l’exercice d’un mandat politique.
La montée régulière de l’abstentionnisme dessine depuis plusieurs années en France une démocratie presque censitaire : les catégories favorisées se mobilisent davantage pour voter, tandis que celles et ceux dont le quotidien est le plus façonné par l’orientation des politiques publiques s’éloignent souvent du vote, faute d’une offre politique dans laquelle se reconnaître ou qui cherche réellement à les représenter. Pour lutter contre ce phénomène, nous plaidons pour la reconnaissance du vote blanc comme véritable expression politique, et pour l’ouverture de réflexions autour du vote obligatoire dans le cadre des débats sur une sixième République. Cela doit s’accompagner d’une rénovation des modes de scrutin, afin d’aller vers des dispositifs plus à mêmes de retranscrire l’actuelle complexité des sensibilités politiques, comme le vote au jugement majoritaire ou le scrutin proportionnel. Enfin, une réforme du mode de financement des partis politiques, pour éviter un chèque en blanc de cinq ans à chaque élection législative.
Nous défendons une démocratie continue qui ne s’arrête pas à l’acte électoral, à travers le référendum d’initiative populaire national et local et la place de la société civile organisée dans la décision à tous les niveaux. Cette démocratie du quotidien exige de rapprocher la prise de décision des habitant·es. Les communes, premier échelon de la République, ont été asphyxiées par des décennies de recentralisation budgétaire. Nous défendons des collectivités dotées de moyens financiers et de libertés d’agir réelles : les mêmes droits garantis partout, des chemins adaptés aux réalités de chaque territoire, décidés par celles et ceux qui y vivent. Au niveau national, à l’heure où les agences publiques comme l’ANSES ou l’Agence Bio sont la cible de multiples attaques au nom de la « simplification », nous affirmons notre attachement à ces structures. Si leur périmètre et leurs activités doivent pouvoir être revus et évoluer, elles jouent un rôle crucial pour produire des recommandations, objectiver les choix publics et mettre en œuvre les politiques sur le terrain. Leur travail renforce notre capacité collective d’expertise et d’action, et est nécessaire à la santé démocratique.
Au contraire, nous voulons en finir avec la République du copinage : nous proposons que la nomination des haut·es fonctionnaires aux postes les plus stratégiques (Défenseur·e des droits, Banque de France…) soit proposée par le CESE et validée par la représentation nationale. De même, il est temps de réformer le Conseil constitutionnel pour en faire une véritable Cour constitutionnelle composée de juristes, plutôt qu’une chambre de retraite pour anciens responsables politiques, et de supprimer la Cour de justice de la République afin de mettre fin à l’impunité organisée des ancien·nes ministres. Enfin, nous appelons à la convocation d’une assemblée constituante, composée de citoyen·nes tiré·es au sort, pour écrire ensemble la Constitution d’une VIe République : une République parlementaire, sociale et écologique, dont les institutions servent la délibération collective plutôt que la verticalité présidentielle.
Aujourd’hui, des pans entiers de notre destin collectif échappent à toute délibération démocratique : des choix technologiques dictés par une poignée de multinationales américaines aux reculs écologiques décidés contre l’intérêt général.
La reprise de pouvoir citoyenne doit commencer par les biens communs. L’eau, l’air, la mer, les sols, l’énergie, le vivant, l’éducation, la santé, le rail, ne doivent appartenir à personne pour appartenir à tous·tes : nous voulons proposer, par référendum, de les extraire de la logique de marché, sur la base des principes constitutionnels inscrits au préambule de la Constitution de 1946, issue du Conseil national de la Résistance. De même, la planification écologique doit être organisée démocratiquement à toutes les échelles : des conventions citoyennes dotées de pouvoirs réels et contraignants, dont les conclusions ne pourront plus être balayées, et l’obligation de réaliser un référendum sur les grands projets d’infrastructure. Nous prônons également un renforcement des contrôles pour rendre effective l’interdiction de l’obsolescence programmée, et défendons un investissement industriel massif dans le secteur du réemploi, de la réparation et du recyclage. Celui-ci génère déjà 300 millions d’euros de recettes par an, alors que 90 % des objets qui pourraient être réemployés ne le sont pas. Ce chiffre traduit un immense potentiel industriel et écologique, dont la France pourrait être la tête de proue.
À l’heure où une sixième extinction de masse, la première causée par les activités humaines, est en cours, la préservation de la biodiversité doit constituer un objectif cardinal. Elle est indispensable à l’équilibre du système Terre et à la survie de l’humanité, mais ne se réduit pas à cette seule fonction : l’humanité ne dispose d’aucun droit de prédation sur l’ensemble du vivant, dont la protection constitue un objectif politique à part entière. Nous devons rendre effectif le droit de toutes et tous à un environnement sain, à une nature riche et diversifiée, ainsi qu’à l’accès aux espaces naturels.
Cet impératif impose une refonte profonde de nos modes de production, notamment dans les domaines de l’agriculture et de l’énergie. La bifurcation écologique doit organiser la transformation de notre modèle agricole pour le rendre soutenable et plus sobre : en favorisant le développement continu de l’agriculture paysanne, des circuits courts, d’une agroécologie ancrée et adaptée à son territoire. Cela passe notamment par une réforme des aides de la PAC, en mettant fin au système par hectare qui encourage la concentration et le gigantisme des exploitations, pour passer à une aide calculée sur la base des actifs agricoles. De même, dans le secteur de l’énergie, notre ambition première doit être le développement d’alternatives au fossile et au nucléaire. Il est pour cela indispensable d’investir massivement dans les énergies renouvelables, tout en multipliant les efforts pour aller vers la sobriété énergétique.
Des investissements massifs devront également être réalisés dans nos transports décarbonés, avec le développement de solutions adaptées à chaque territoire : renforcement des liaisons interdépartementales et interrégionales de transports collectifs, plan Marshall pour le vélo, réouverture des « petites lignes » de train, développement du fret ferroviaire pour qu’il devienne la norme du transport de marchandises. Cela implique la baisse du prix du train, en particulier des péages ferroviaires, pour rendre ce mode de transport plus attractif et désenclaver les territoires. Nous plaidons également pour la nationalisation des autoroutes, avec un mode de fonctionnement et de gestion redéfinis, par exemple via un droit de regard des régions. La rénovation des bâtiments et de nos villes, afin de les rendre vivables, plus économes et accessibles doit aussi être une priorité de financement.
Reprendre le pouvoir, c’est enfin affronter les immenses transformations technologiques en cours. L’intelligence artificielle redessine le travail, l’information, les rapports sociaux : des changements trop importants pour être guidés par les seuls intérêts privés. 92 % des Français·es demandent la transparence des algorithmes. Nous voulons en faire un droit : toute décision affectant l’accès aux droits, au crédit ou à l’emploi ne doit pas pouvoir être entièrement automatisée. Elle doit être supervisée par un·e humain·e et demeurer explicable et contestable. Dans les services publics comme au travail, nous défendons le droit garanti à un·e interlocuteur·ice humain·e.
Pour en revenir à l’entreprise, il est essentiel que les travailleur·ses exercent un réel contrôle sur la manière dont ces outils numériques sont intégrés à leur quotidien, par exemple via un droit de veto sur toute transformation technologique majeure. C’est la condition pour que celles-ci ne servent pas l’intensification des rythmes, de la surveillance et la perte des qualifications, mais permettent réellement d’améliorer l’exercice du travail, de gagner en productivité et de libérer du temps. Et parce que les gains de productivité de l’automatisation ne doivent pas être captés par les seuls actionnaires, nous proposons une taxation européenne dédiée à l’IA et aux robots, pour redistribuer la richesse créée avec des outils dont le développement n’a été possible que grâce aux quantités immenses de données fournies gratuitement par les peuples du monde entier. Les recettes de cette taxe doivent être fléchées vers la protection sociale et le financement du temps libéré.
Dans ce domaine hautement stratégique, la dépendance à des outils privés états-uniens est un facteur de vulnérabilités multiples particulièrement dangereux. Il est urgent de créer une alternative souveraine. Pour cela, nous plaidons pour la construction d’une IA publique européenne transparente, mutualisée, partiellement open source et responsable socialement et écologiquement. Enfin, pour mettre un coup d’arrêt à la logique actuelle et garantir le respect des protections légales européennes par les entreprises de services numériques, il est essentiel que la Commission européenne suspende toute autorisation d’exportation de données personnelles européennes vers les États-Unis, comme exigé par la Cour de Justice de l’Union européenne.