Antiracisme, police, justice : reconstruire le pacte républicain

Une justice au service de la société

La sécurité passe par une justice proche, réactive et fermement indépendante, garante des libertés publiques. Nous voulons la doter de moyens renforcés pour permettre aux magistrat·es d’exercer leurs missions dans de bonnes conditions et garantir un service public accessible sur tout le territoire.

Rendre justice ne signifie pas punir toujours davantage. L’inflation législative et sécuritaire des dernières années n’a pas produit les résultats promis : elle a complexifié le droit, engorgé les tribunaux et les prisons et parfois fragilisé nos libertés, sans suffisamment traiter les causes de la délinquance. Nous voulons sortir de cette fuite en avant, et refusons l’opposition artificielle entre prévention et fermeté. La véritable fermeté consiste à choisir les politiques qui fonctionnent. Une politique de sécurité efficace doit agir avant, pendant et après l’infraction. Cela suppose de réinvestir dans la prévention spécialisée, la protection de l’enfance, l’insertion et les associations qui interviennent au plus près des personnes, directement sur le terrain. Cela suppose également de donner à la justice les moyens de mieux accompagner les victimes et de développer, chaque fois qu’elles sont adaptées, les alternatives à l’incarcération, les mesures de probation et la justice restaurative. La peine doit protéger la société, réparer autant que possible le préjudice subi et permettre la réinsertion : préparer la sortie et prévenir la récidive protège davantage que laisser la prison devenir un lieu de désocialisation et de reproduction de la violence.

Cette exigence vaut aussi pour le narcotrafic, qui menace directement notre pacte républicain : ces dernières années, des candidat·es, des élu·es, des magistrat·es et des citoyen·nes ont été menacé·es ou intimidé·es par des réseaux criminels. La France mène pourtant depuis des décennies l’une des politiques les plus répressives d’Europe en matière de stupéfiants, sans avoir fait disparaître ni la consommation ni les trafics. Concentrer policier·es, magistrat·es et places de prison sur les consommateur·ices et les petits revendeurs ne désorganise pas durablement les réseaux. Ceux-ci prospèrent aussi sur les fractures de notre société : là où l’école décroche, où l’accès à l’emploi se ferme, ils trouvent plus facilement une main-d’œuvre jeune et vulnérable. Lutter contre le narcotrafic suppose donc d’investir massivement dans l’éducation, la médiation, l’emploi et les services publics des territoires les plus exposés, tout en rétablissant une police de proximité capable de construire une relation durable avec les habitant·es.

Nous voulons au contraire concentrer les moyens d’enquête sur les têtes de réseaux, leurs logisticiens, leurs circuits de blanchiment et leurs patrimoines, et nous attaquer à la racine du problème : l’assèchement des ressources financières qui alimentent ces organisations. Nous devons ouvrir un débat lucide sur les moyens les plus efficaces de tarir cette manne, notamment par une politique de légalisation et de distribution strictement encadrée de certaines substances pour les adultes informé·es, afin de retirer aux mafias le contrôle de marchés aujourd’hui abandonnés à l’illégalité. Il faut cesser de traiter les consommateur·ices comme le dernier maillon d’une chaîne pénale, et considérer les addictions pour ce qu’elles sont : un enjeu majeur de santé publique.  Cela implique d’investir dans la prévention, la réduction des risques et l’accompagnement des personnes dépendantes.

La République doit être plus forte que les trafics : cela suppose des moyens, du courage politique et une stratégie combinant prévention, éducation, santé publique, répression ciblée des organisations criminelles et assèchement de leurs profits.

Antiracisme : nommer, mesurer, agir

Soixante ans après les décolonisations, le racisme demeure systémique en France. Un système de domination ancré dans des siècles d’histoire ne s’efface pas sans un travail politique volontairement antiraciste.  Pourtant, cette réalité demeure doublée d’un déni politique obstiné, comme si la reconnaissance des discriminations, davantage que leur existence documentée, menaçait la République. Pour ne citer qu’un seul chiffre, rappelons que le Défenseur des Droits a établi dès 2017 que les personnes perçues comme noires ou arabes ont une probabilité 20 fois plus élevée d’être contrôlées par la police. De Zyed Benna et Bouna Traoré, morts à l’âge de 17 et 15 ans en 2005, à El Hacen Diarra, travailleur mauritanien décédé en garde à vue en 2026 après une interpellation d’une violence inouïe, la liste des personnes racisées tuées par la police est bien trop longue, et les réponses politiques continuent de se faire attendre. Ces exemples ne relèvent pas de comportements individuels : ils révèlent un problème institutionnel.

Mettre fin à l’impunité des violences policières exige une réforme profonde de l’IGPN et de l’IGGN. Le modèle britannique montre qu’une autre voie existe : une agence civile indépendante du ministère de l’Intérieur, dont aucun dirigeant ne peut être issu des forces de l’ordre, transparente dans ses résultats et orientée vers l’amélioration de la confiance du public plutôt que vers la protection de l’institution. En France, l’IGPN est constituée à 72 % de policier·es en exercice et se donne pour mission de « protéger la police d’elle-même ». L’écart dit tout. Nous voulons créer une autorité de contrôle de la police complètement indépendante et instaurer le récépissé de contrôle d’identité pour rendre le profilage racial mesurable et donc combattable. Il est également indispensable d’abroger la loi de 2017 sur l’usage des armes à feu en cas de refus d’obtempérer, tout comme celle de juillet 2026 garantissant la présomption d’usage légitime de l’arme pour les forces de l’ordre. Nous défendons enfin une formation initiale des policier·es portée à deux ans, avec un accent fort mis sur la désescalade, les techniques de mise à distance et la lutte contre les VSS, les discriminations racistes et LGBTQIphobes.

Au-delà des violences policières, les discriminations racistes perdurent dans tous les domaines de la vie : emploi, logement, santé, justice, éducation. Y répondre exige des outils contraignants et des moyens réels. Nous voulons élargir les prérogatives du Défenseur des Droits, avec la création d’un fonds de soutien aux actions de groupe contre les discriminations qui lui soit rattaché et un pôle d’accompagnement juridique dans le dépôt de plainte : les victimes ne doivent plus porter seules le poids de la preuve et de la procédure. Nous défendons l’obligation de formation à la non-discrimination dans les domaines où elle est particulièrement prégnante : la fonction publique et les grandes entreprises, le marché du logement, les professionnel·les de santé. Et parce qu’aucune réconciliation ne se construit sur le déni, nous proposons la création d’une journée nationale de mémoire de la colonisation, crime contre l’humanité.

L’antiracisme exige de combattre avec la même vigueur tous les racismes : de l’antisémitisme et l’islamophobie, en augmentation, à l’antitsiganisme, tristement banalisé, en passant par toutes les formes de discrimination raciales. Quand un ministre de l’Intérieur en exercice déclare « à bas le voile ! », comme l’a fait Bruno Retailleau le 26 mars 2025, c’est le gouvernement lui-même qui légitime la stigmatisation. Celle-ci a des conséquences très concrètes : 75 % des victimes d’actes islamophobes sont des femmes. Des polémiques sur l’abaya à celles sur le burkini, il est urgent d’en finir avec le dévoiement du principe de laïcité à des fins xénophobes. La loi de 1905 n’est ni un outil de stigmatisation ni une arme contre une partie de la population : elle garantit la liberté de conscience, l’égalité de toutes et tous et la séparation des Églises et de l’État. Nous devons défendre fermement cette laïcité républicaine, fidèle à ses principes, contre toutes celles et tous ceux qui cherchent à la dénaturer pour exclure, discriminer ou désigner des boucs émissaires.

À l’école, l’antiracisme doit devenir un principe fondamental et assumé, avec des sessions annuelles d’éducation à la lutte contre les discriminations raciales. La mixité sociale doit y être une priorité, grâce à une révision des cartes scolaires. Les enfants apprennent très vite de leur environnement : les études montrent qu’ils commencent à intérioriser des préjugés racistes dès deux à quatre ans. Ceux-ci se déconstruisent aussi par le lien et l’interconnaissance. Nous entendons soutenir, par des financements dédiés aux collectivités locales et construits avec les habitant·es, les fêtes et les animations de proximité qui rassemblent au-delà des origines et des appartenances. Nous voulons rendre le sport accessible à tous·tes, dans les grandes villes comme dans les villages, à tous les âges et quelle que soit la situation financière ou médicale, comme espace de mixité et de cohésion sociale. La ruralité et les quartiers populaires, en particulier, doivent voir leurs moyens renforcés pour que ce lien s’y construise aussi solidement qu’ailleurs.

Nous portons enfin une exigence de tolérance zéro pour les discours de haine : interdiction d’antenne pour les personnes condamnées pour incitation à la haine ou à la discrimination, et obligation d’exemplarité pour les fréquences publiques, dont le retrait doit être facilité pour les chaînes manquant aux obligations de pluralisme et de déontologie. Le racisme n’est pas une opinion comme une autre mais un délit ; et si la liberté d’expression doit être protégée absolument, elle ne saurait servir de paravent aux discours appelant à la haine.

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