Liberté : le pouvoir réel sur sa vie

La liberté ne se limite pas aux droits formels inscrits dans les textes. Elle exige un pouvoir réel sur sa vie : sur son temps, dans l’entreprise, à l’école, sur sa santé, face à la crise écologique. Tant que des pans entiers de l’existence restent soumis à des décisions prises sans les personnes qu’elles concernent, la liberté reste une promesse creuse.

Pour une société du temps libéré

La liberté commence par le temps de vivre. Le temps de rêver, de créer, de s’occuper des siens, de s’engager, de faire société ensemble : autant d’activités qui supposent qu’on ne soit pas épuisé par le travail. Or ce temps est aujourd’hui confisqué. 57 % des actif·ves se déclarent surchargé·es. Sept salarié·es sur dix ont ressenti un trouble lié au travail au cours des cinq dernières années. L’espérance de vie des hommes les plus pauvres est inférieure de treize ans à celle des plus riches : la pénibilité du travail tue, de façon profondément inégale. Alors que le changement climatique impose de repenser notre modèle économique, il est temps de questionner le sens de ce que nous produisons. La croissance telle que nous l’avons connue a déjà disparu, pourtant nous continuons de subir les dogmes de cette religion épuisée : il n’est plus temps de choisir son camp dans un débat dépassé, mais de bâtir une société nouvelle, tournée vers la post-croissance. Il est temps de partager les emplois entre tous·tes, de valoriser les activités qui existent en dehors du profit, de retrouver du sens. En deux mots, il est temps de travailler moins, de travailler mieux.

 

Nous défendons la semaine de quatre jours en allant vers 28 heures de travail hebdomadaire, sans réduction de salaire. Une telle réduction du temps de travail permettrait de créer entre 1,5 et 2 millions d’emplois supplémentaires en CDI, compensant le coût salarial par la réduction des dépenses liées au chômage. De multiples entreprises, en France ou au Royaume-Uni par exemple, ont expérimenté la semaine de quatre jours avec succès, et 70 % des Français·es s’y déclarent favorables. Dans un contexte où l’essentiel du travail domestique continue de reposer sur les femmes, leur accès à l’emploi est souvent synonyme de double journée. La réduction générale du temps de travail est donc, par essence, une mesure féministe, qui pose les conditions d’une répartition plus égale. Nous défendons également l’extension aux indépendant·es des droits déjà obtenus par les salarié·es : congé maternité, paternité et parental, congés longue durée. Encourager le développement de coopératives est une piste pour permettre à ces professions d’accéder, elles aussi, à un droit au repos effectif.

 

Ce droit au repos ne s’arrête toutefois pas aux portes du monde du travail. Nous souhaitons le garantir pour tous·tes, notamment pour les élèves et les étudiant·es : alors que les collégien·nes et les lycéen·nes sont épuisé·es par des journées trop longues, une réforme profonde des rythmes scolaires s’impose, avec une réduction des cours magistraux et l’interdiction des journées de plus de sept heures.

 

La société du temps libéré passe également par une sixième semaine de congés payés pour tous·tes : conquis par le Front Populaire en 1936, le droit aux congés a progressé régulièrement jusqu’en 1982, comme une marche logique de l’histoire : les gains de productivité devaient permettre de libérer le temps. Mais depuis, plus rien. Pourtant, la productivité a continué d’augmenter.  Au-delà de la célébration de nos acquis, nous voulons ouvrir de nouveaux droits. Une sixième semaine de congés payés donc, et un droit réel et universel aux vacances, garanti par la puissance publique.

 

Chaque année, 40% des Français·es ne partent pas en vacances. C’est 83 % des bénéficiaires du RSA et 63 % des personnes aux revenus inférieurs à 1 285 euros. Ce n’est pas qu’une question d’argent : c’est une question d’exclusion. Ne jamais partir, c’est souvent avoir intériorisé que les vacances ne sont pas pour soi, un sentiment d’être citoyen·ne de seconde zone. Nous voulons un service public qui accompagne celles et ceux qui en ont besoin : via un ticket climat permettant de voyager en illimité avec les transports en commun, un Pass « Colo Verte », l’harmonisation des aides aux vacances de la CAF, la mise en avant des billets Lagrange ou encore la gratuité du BAFA et la mise aux normes des infrastructures. Pour que la découverte, le repos, l’accès au beau, le temps pour soi, deviennent de véritables leviers d’émancipation pour toutes et tous, plutôt qu’un vecteur supplémentaire d’inégalités.

Reprendre le pouvoir sur le travail

La liberté ne s’exerce pas seulement dans l’isoloir. Elle se vit, ou s’étouffe, dans tous les lieux où se prennent les décisions qui façonnent nos existences : l’entreprise, l’école, l’hôpital, le quartier. Notre projet est simple à énoncer et immense à réaliser : redistribuer le pouvoir partout où il s’exerce aujourd’hui sans contrôle.

 

L’entreprise d’abord, principal angle mort de la démocratie. Des millions de personnes y passent l’essentiel de leur vie éveillée sans droit de regard sur les décisions qui les concernent directement. Ce que nous produisons, comment nous le produisons, comment s’en répartissent les fruits : ces questions appartiennent à celles et ceux qui travaillent, pas aux seuls détenteurs du capital. Nous défendons une représentation paritaire des salarié·es dans les conseils d’administration des grandes entreprises, avec un pouvoir réel sur les orientations stratégiques, un droit de veto suspensif des représentant·es du personnel sur les décisions de délocalisation et de restructuration, et l’interdiction des licenciements boursiers. Et parce que l’argent public ne peut pas continuer à financer sans condition ceux qui licencient, polluent et fraudent, une Haute Autorité indépendante conditionnera les aides aux entreprises à des engagements sociaux et environnementaux vérifiables.

 

Démocratiser l’entreprise, c’est aussi restaurer le droit du travail dans sa vocation première : protéger les travailleur·euses d’un rapport de force écrasant. L’inspection du travail, qui a perdu 20 % de ses effectifs en dix ans pendant que 764 personnes mouraient au travail en 2024, doit retrouver ses moyens et son indépendance. Les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) doivent être rétablis, et leurs pouvoirs renforcés. La sous-traitance en cascade, qui organise la dilution des responsabilités et l’exploitation des plus précaires, doit être interdite, et la responsabilité sociale et environnementale des donneurs d’ordre inscrite dans la loi. Enfin, parce que personne n’est inemployable, nous défendons la généralisation des Territoires zéro chômeur de longue durée : les dépenses publiques du chômage peuvent financer des CDI répondant aux besoins sociaux et écologiques des territoires.

 

À côté de l’entreprise capitaliste, une autre économie existe déjà. L’économie sociale et solidaire représente 13 % de l’emploi privé : des associations, des coopératives, des mutuelles qui placent l’utilité sociale avant le profit et pratiquent au quotidien la gouvernance partagée. Pourtant, l’ESS reste sous-financée. Nous voulons inverser cet ordre des priorités par une loi de programmation pluriannuelle de financement de l’ESS, afin d’en faire, à terme, le modèle majoritaire. Nous proposons la création d’un fonds public de développement pour accompagner la création ou la transition vers les SCOP et les SCIC, où les salarié·es sont aussi les décideurs. Chaque transmission d’entreprise doit être une occasion offerte aux salarié·es de reprendre collectivement leur outil de travail.

 

Les circuits de financement de l’économie doivent en outre être décorrélés de la finance spéculative au travers de mécanismes publics de financement, de la séparation accrue des activités bancaires d’affaires et de dépôts, et d’instruments de protection contre les dérives spéculatives (réglementation, cloisonnement, taxe Tobin…). Dans cette approche, la volatilité des cryptoactifs et les nuisances qu’ils occasionnent imposent de combattre leur assimilation à des capitaux classiques et, plus encore, leurs prétentions illusoires et dangereuses à constituer des monnaies privées.

Grandir et s’éduquer pour s’émanciper

Les enfants, des citoyen·nes en devenir dont les droits doivent devenir effectifs

 

Une société démocratique se juge souvent à la place qu’elle accorde aux plus vulnérables. La nôtre traite encore trop souvent les enfants en êtres inachevés, soumis à l’autorité totale des adultes, dont la parole vaut moins et dont les droits restent théoriques. Pourtant, la liberté s’apprend et se pratique dès l’enfance. Selon le Conseil de l’Europe, un enfant sur cinq est victime de violences sexuelles. En France, près d’un tiers des parents estiment encore que les punitions corporelles ont une utilité éducative. Ces violences massives sont encore largement traitées comme des choix privés alors qu’elles relèvent d’un système qui déconsidère les enfants et leur apprend en trop d’endroits la toute-puissance des adultes. Nous faisons nôtre cette exigence : considérer les enfants comme des égaux, avec leurs spécificités et leurs besoins propres, et rendre leurs droits effectifs. Les adultes ont une responsabilité d’accompagnement et de protection envers eux ; elle ne fonde aucun droit à la domination.

 

Cette considération nouvelle exige un changement de paradigme pour reconnaître l’importance de la place et de la voix des enfants. Cela implique le développement de villes et de villages à hauteur d’enfants, ou encore la sensibilisation à la prise en compte réelle de leur parole, particulièrement lorsqu’ils dénoncent des violences. Cette exigence doit aussi se traduire dans la participation à la vie publique : nous défendons le droit de vote à 16 ans, le droit de créer une association loi 1901 sans autorisation parentale et la généralisation des conseils d’enfants et d’adolescent·es à tous les niveaux de gouvernance, associée à la création de dispositifs facilitant l’engagement. Il est essentiel que celles et ceux qui vivront le plus longtemps avec les décisions d’aujourd’hui aient voix au chapitre.

 

Pour cela, l’école a un rôle crucial à jouer. Elle doit former des citoyen·nes capables de penser par eux-mêmes : cela suppose une éducation renforcée aux droits et à la citoyenneté dès le plus jeune âge. Alors qu’en 2025, 76% des 12-17 ans avaient déjà recours à l’intelligence artificielle au moins une fois par mois, l’éducation à l’information, aux médias et aux outils numériques, dont l’IA, est une priorité centrale pour former une jeunesse capable de raisonner librement. De plus, les savoirs pratiques et manuels, indispensables à l’émancipation intellectuelle, doivent être revalorisés, tout comme les métiers qui y sont associés, afin de faire évoluer les mentalités et de susciter des vocations chez les jeunes.

 

L’éducation doit garantir la liberté de choisir son destin. Aujourd’hui, notre école reproduit les inégalités qu’elle devrait combattre : à niveau scolaire égal, les enfants d’ouvrier·es sont démesurément orientés vers des filières non choisies. Au final, seuls 41 % d’entre eux accèdent à l’enseignement supérieur, contre 73 % des enfants de cadres. Il est temps de penser l’éducation à l’aune des plus fragiles, pour qu’enfin l’école devienne un véritable moteur pour l’égalité. Nous défendons la mise en place d’un lycée unique et polyvalent, qui supprime la hiérarchie entre voies générale, technologique et professionnelle pour assurer la complémentarité et la diversité des filières dans chaque lycée. Il doit s’adresser à tous·tes les jeunes, par l’extension de la scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans. Nous proposons aussi la mise en place d’un service public du soutien scolaire, permettant d’accompagner chaque élève vers l’accomplissement et de n’abandonner aucun enfant à l’arbitraire des difficultés sociales. Une révision des journées passées à l’école englobant le péri et le para scolaire doit être menée pour offrir aux enfants des temps et des contenus adaptés à leur rythme.

 

Pour financer le réinvestissement massif dans l’éducation nationale et lutter contre les inégalités, une refonte de la place du privé est indispensable. Les financements de l’enseignement privé sous contrat doivent être déterminés selon l’indice de position sociale : sans mixité sociale, pas de financement public. Leur contrôle doit être drastiquement renforcé, tant du point de vue du contenu que des méthodes pédagogiques. La République ne peut pas financer l’endoctrinement réactionnaire de la jeunesse, comme c’est le cas à Stanislas, ou les violences banalisées sur les plus jeunes, dont l’institut Betharram était un sinistre exemple. Enfin, dans les zones où l’école publique ferme, nous défendons la transformation des établissements privés en établissements publics : le bien commun et l’accessibilité pour toutes et tous doivent toujours primer sur les intérêts privés. A terme, nous défendons la fin du financement aux établissements privés.

 

L’école publique, gratuite et laïque est un pilier de notre République et l’un des premiers lieux où se construit la cohésion de la société. L’école doit permettre à chaque enfant, quelle que soit son origine sociale, culturelle ou familiale, d’apprendre, de grandir et de trouver sa place parmi les autres. En réunissant sur les mêmes bancs des enfants venus d’horizons différents, elle fait vivre concrètement l’égalité, la fraternité et la laïcité. Elle doit être un espace d’émancipation, où l’on apprend à penser librement, à respecter les différences et à partager ce qui nous rassemble. Se battre pour l’école publique, c’est défendre une société plus juste, plus unie et plus démocratique.

 

Le droit à une éducation émancipatrice pour tous·tes ne s’arrête pas au lycée : il se prolonge dans l’enseignement supérieur, comme prescrit par la Constitution. Nous appelons à la reconstruction d’un droit effectif à la poursuite d’études pour tous·tes les bachelier·es dans le domaine disciplinaire de leur choix. Cela passe par le rétablissement d’un véritable examen national du baccalauréat, assurant un niveau de qualification homogène quel que soit son lycée d’origine, et par l’abrogation de Parcoursup, machine injuste de tri social. Un système transparent, fondé sur le projet de chaque jeune, doit lui succéder, sans sélection. Pour cela, il est nécessaire d’ouvrir 100 000 places en première année du supérieur, et de financer les universités à la hauteur de leurs missions.

 

Alors que marchandisation et la financiarisation menacent aujourd’hui tout l’enseignement supérieur, la gratuité de l’éducation doit être la norme dans le supérieur public. Cela passe par la suppression des frais d’inscription et de la CVEC pour toutes et tous, y compris pour les étudiant·es étranger·es qui viennent enrichir nos formations. Nous défendons aussi l’accès gratuit, physique ou en ligne, aux ressources obligatoires pour chaque cursus. En parallèle, l’enseignement privé lucratif et les diplômes non-reconnus doivent être interdits et l’encadrement de la création des Centres de Formation d’Apprentis (CFA) rétabli.

 

Enfin, parce que les formations des classes aisées et celles des classes populaires ont droit à une égale dignité, nous proposons le rattachement des classes préparatoires et des formations sanitaires et sociales aux universités, au sein d’un nouveau modèle d’université de tous les métiers. Celles-ci devront mailler le territoire et laisser place à une diversité de modèles pédagogiques, tout en permettant une convergence du montant de l’investissement public dans les études de chacun·e.

 

L’université doit aussi être le lieu d’une recherche publique indépendante et foisonnante, tournée vers les enjeux de demain et libérée des logiques technocratiques. À l’heure où les savoirs et la communauté scientifiques sont attaqués dans plusieurs pays, la production et la diffusion d’une connaissance libre est plus que jamais une nécessité pour comprendre les transformations à l’œuvre. Nous entendons porter le financement de la recherche publique à 1% du PIB, et engager un plan de titularisation et de création de postes pérennes dans ce secteur : aujourd’hui, un tiers des agent·es de l’enseignement supérieur et de la recherche publics souffrent d’un statut précaire.  Nous souhaitons mettre fin au système de financement par appels à projets, qui nuit à l’autonomie des chercheur·euses et les enchaîne à une bureaucratie infinie, ainsi qu’aux conflits d’intérêts entre recherche publique et intérêts privés (chaire Total au Collège de France, institut Bernard-Arnault à l’École polytechnique…). De même, le crédit impôt recherche (CIR) doit être conditionné strictement à des objectifs écologiques et sociaux, afin d’en réduire nettement le coût global et pour que l’argent public qui le finance profite réellement au bien commun.

 

Enfin, il est indispensable de rendre à la communauté scientifique sa pleine autonomie. Celle-ci va de pair avec une responsabilité devant la société : la recherche doit être orientée en fonction de la définition démocratique de nos besoins collectifs. Cela passe par un droit de regard citoyen et un Comité national de la recherche scientifique refondé en véritable parlement de la science, avec des conventions citoyennes pour éclairer des priorités trop longtemps négligées, comme la santé des femmes et des minorités.

La culture, condition de la liberté

C’est avec la culture que se construit la société. Elle est un pilier central du développement social, économique et démocratique de nos territoires, bien plus qu’un simple supplément d’âme : elle crée du lien, forge un imaginaire commun. Elle est un terrain essentiel pour permettre aux citoyen·nes de créer, de transmettre, de coexister et de rêver ensemble. Elle représente des centaines de milliers d’emplois, et fait vivre un tissu associatif et artistique indispensable à la vitalité sociale. Et pourtant, ce bien commun s’effondre sous nos yeux : depuis 2024, près de la moitié des collectivités ont réduit leurs crédits culturels, avec des contractions atteignant 62 % dans certaines régions. Les structures locales se fragilisent, les subventions disparaissent, les lieux ferment, les professionnel·les dénoncent une rupture historique. Cette casse silencieuse frappe d’abord les zones rurales et les publics les plus éloignés, concentrant toujours davantage l’offre culturelle dans les métropoles.

 

Nous voulons une société où la culture a toute sa place : reconnue, valorisée, soutenue dans son effervescence. Les politiques culturelles ne doivent plus être pensées comme de simples coûts, mais comme des leviers d’émancipation collective, d’attractivité économique et de justice territoriale. Ni l’argent, ni les barrières géographiques ou psychologiques ne doivent en freiner l’accès : nous défendons des tarifs progressifs, la gratuité quand elle est possible, et une offre pensée pour inclure les publics qui en sont aujourd’hui exclus.

 

Soutenir la création est un acte politique. Les métiers de la création restent précaires, et l’espérance de vie des artistes est en moyenne vingt ans plus courte que celle de la population générale : nous voulons des subventions et des commandes publiques garantissant des salaires décents, dans le respect des minima de conventions collectives, et une politique de santé au travail digne de ce secteur. Face à la captation de la diffusion par les algorithmes des plateformes, qui rémunèrent mal les ayants droit tout en construisant de nouveaux monopoles, nous défendons des alternatives publiques ou coopératives ainsi qu’une régulation ferme de ces algorithmes.

 

La production culturelle doit donner à voir toute la diversité de la société : rendre visibles les récits minoritaires, ethniques, linguistiques, sociaux ou de genre, par des politiques volontaristes et des espaces d’expression dédiés. Nous voulons renforcer le financement des conservatoires, des écoles et des associations, et développer l’éducation artistique et culturelle en lien avec l’école, pour que la transmission des savoirs et l’accès à la créativité ne soient jamais un privilège. Nous appelons à faire des équipements culturels, salles de spectacles, bibliothèques, médiathèques, de véritables espaces de rencontre et de participation citoyenne, inscrits au cœur des quartiers pour réduire les inégalités territoriales. La culture doit enfin interroger ses propres pratiques : production, déplacements, gestion des déchets, pour devenir plus sobre et plus résiliente, en accord avec les limites de notre planète.

Un droit à la santé pensé pour toutes et tous

La Sécurité sociale a été conçue en 1945 pour être gérée par les assuré·es eux-mêmes. Depuis, cette ambition a été méthodiquement confisquée par l’État et le patronat. Nous voulons rendre la gouvernance de la Sécurité sociale aux assuré·es, avec un pouvoir délibératif réel. Nous défendons une assurance maladie universelle remboursant à 100 % un panier de soins défini démocratiquement, incluant la santé mentale. La gouvernance des établissements de santé doit être davantage démocratisée, en facilitant la participation des patient·es, des usager·es et du personnel.

 

La santé ne peut plus être laissée aux logiques de marché : il nous faudra inventer un grand service public de la santé tout au long de l’existence, de la naissance à la fin de vie, présent partout sur le territoire. En 2026, 30 % des Français·es vivent dans un désert médical. La lutte contre les inégalités de santé, qu’elles soient territoriales ou sociales, nécessite le développement massif de centres de santé publics et de maisons de santé pluriprofessionnelles avec des professionnel·les salarié·es et libéraux. Aujourd’hui, plus de la moitié des jeunes médecins aspirent au salariat, que ce soit à l’hôpital, en médecine du travail ou encore en centre de santé. La revalorisation des consultations des professionnel·les du médical et du paramédical, à l’hôpital comme en libéral, est par ailleurs nécessaire, et doit être pensée de manière globale et inclure des obligations quant à la lutte contre les inégalités en santé. De même, le sauvetage de nos hôpitaux nécessite des investissements massifs pour mieux protéger les patient·es et garantir de bonnes conditions de travail et de repos aux personnels médicaux qui enchaînent les heures, et dont le dévouement est aujourd’hui la variable d’ajustement des politiques austéritaires. Nous proposons enfin un pôle public du médicament, pour soustraire les traitements essentiels aux logiques de rente par le retour à la nation de laboratoires pharmaceutiques privés : entre 2009 et 2018, les dix-huit principales entreprises pharmaceutiques cotées ont dépensé davantage en dividendes qu’en recherche.

 

D’ici 2035, un quart de la population pourrait souffrir d’au moins une maladie chronique, sous l’effet de l’augmentation des maladies environnementales et du vieillissement. La prise en charge et l’accompagnement des malades dans la durée exige une coopération renforcée entre les professionnel·les de santé : nous défendons le développement de postes dédiés à la coordination des soins. Dans cette optique, le renouvellement et le remboursement des soins des personnes en affection de longue durée doivent être automatisés et simplifiés, et la prévention des maladies chroniques environnementales doit devenir une priorité. Cela suppose le renforcement de la lutte contre les PFAS et autres perturbateurs endocriniens, mais aussi des budgets pour l’information sur l’alimentation pendant la grossesse et la petite enfance. Nous appelons à la mise en place nationale d’un dispositif d’ordonnances vertes, qui permettent l’accès à une alimentation saine aux publics vulnérables, et dépendent aujourd’hui du bon vouloir des collectivités locales. Enfin, la santé au travail, pilier de la santé de chacun·e, nécessite davantage d’actions de prévention et une meilleure prise en charge.

Des institutions rendues aux citoyen·nes

La Ve République a fait la démonstration de son épuisement : un président omnipotent, un Parlement contourné, un peuple consulté pour être ignoré. Il est temps de réinjecter des contre-pouvoirs et de la responsabilité. Nous affirmons l’idéal de la démocratie représentative, lieu de confrontation à jamais imparfait, toujours insuffisant, mais toujours nécessaire des antagonismes sociaux et politiques. Nous souhaitons garantir aux élu·es les moyens et les conditions d’un exercice plein et entier de la part de souveraineté populaire qui leur est confiée, en échange d’une responsabilité politique forte. Celle-ci doit s’accompagner d’un devoir d’exemplarité : toute condamnation pour des faits de violences sexistes et sexuelles, d’incitation à la haine ou à la discrimination, de détournement de fonds publics et, de manière générale, d’atteinte à la probité, doit être incompatible avec l’exercice d’un mandat politique.

 

La montée régulière de l’abstentionnisme dessine depuis plusieurs années en France une démocratie presque censitaire : les catégories favorisées se mobilisent davantage pour voter, tandis que celles et ceux dont le quotidien est le plus façonné par l’orientation des politiques publiques s’éloignent souvent du vote, faute d’une offre politique dans laquelle se reconnaître ou qui cherche réellement à les représenter. Pour lutter contre ce phénomène, nous plaidons pour la reconnaissance du vote blanc comme véritable expression politique, et pour l’ouverture de réflexions autour du vote obligatoire dans le cadre des débats sur une sixième République. Cela doit s’accompagner d’une rénovation des modes de scrutin, afin d’aller vers des dispositifs plus à mêmes de retranscrire l’actuelle complexité des sensibilités politiques, comme le vote au jugement majoritaire ou le scrutin proportionnel. Enfin, une réforme du mode de financement des partis politiques, pour éviter un chèque en blanc de cinq ans à chaque élection législative.

 

Nous défendons une démocratie continue qui ne s’arrête pas à l’acte électoral, à travers le référendum d’initiative populaire national et local et la place de la société civile organisée dans la décision à tous les niveaux. Cette démocratie du quotidien exige de rapprocher la prise de décision des habitant·es. Les communes, premier échelon de la République, ont été asphyxiées par des décennies de recentralisation budgétaire. Nous défendons des collectivités dotées de moyens financiers et de libertés d’agir réelles : les mêmes droits garantis partout, des chemins adaptés aux réalités de chaque territoire, décidés par celles et ceux qui y vivent. Au niveau national, à l’heure où les agences publiques comme l’ANSES ou l’Agence Bio sont la cible de multiples attaques au nom de la « simplification », nous affirmons notre attachement à ces structures. Si leur périmètre et leurs activités doivent pouvoir être revus et évoluer, elles jouent un rôle crucial pour produire des recommandations, objectiver les choix publics et mettre en œuvre les politiques sur le terrain. Leur travail renforce notre capacité collective d’expertise et d’action, et est nécessaire à la santé démocratique.

 

Au contraire, nous voulons en finir avec la République du copinage : nous proposons que la nomination des haut·es fonctionnaires aux postes les plus stratégiques (Défenseur·e des droits, Banque de France…) soit proposée par le CESE et validée par la représentation nationale. De même, il est temps de réformer le Conseil constitutionnel pour en faire une véritable Cour constitutionnelle composée de juristes, plutôt qu’une chambre de retraite pour anciens responsables politiques, et de supprimer la Cour de justice de la République afin de mettre fin à l’impunité organisée des ancien·nes ministres. Enfin, nous appelons à la convocation d’une assemblée constituante, composée de citoyen·nes tiré·es au sort, pour écrire ensemble la Constitution d’une VIe République : une République parlementaire, sociale et écologique, dont les institutions servent la délibération collective plutôt que la verticalité présidentielle.

Reprendre la main sur notre destin collectif : souveraineté et bifurcation écologique

Aujourd’hui, des pans entiers de notre destin collectif échappent à toute délibération démocratique : des choix technologiques dictés par une poignée de multinationales américaines aux reculs écologiques décidés contre l’intérêt général.

 

La reprise de pouvoir citoyenne doit commencer par les biens communs. L’eau, l’air, la mer, les sols, l’énergie, le vivant, l’éducation, la santé, le rail, ne doivent appartenir à personne pour appartenir à tous·tes : nous voulons proposer, par référendum, de les extraire de la logique de marché, sur la base des principes constitutionnels inscrits au préambule de la Constitution de 1946, issue du Conseil national de la Résistance. De même, la planification écologique doit être organisée démocratiquement à toutes les échelles : des conventions citoyennes dotées de pouvoirs réels et contraignants, dont les conclusions ne pourront plus être balayées, et l’obligation de réaliser un référendum sur les grands projets d’infrastructure. Nous prônons également un renforcement des contrôles pour rendre effective l’interdiction de l’obsolescence programmée, et défendons un investissement industriel massif dans le secteur du réemploi, de la réparation et du recyclage. Celui-ci génère déjà 300 millions d’euros de recettes par an, alors que 90 % des objets qui pourraient être réemployés ne le sont pas. Ce chiffre traduit un immense potentiel industriel et écologique, dont la France pourrait être la tête de proue.

 

À l’heure où une sixième extinction de masse, la première causée par les activités humaines, est en cours, la préservation de la biodiversité doit constituer un objectif cardinal. Elle est indispensable à l’équilibre du système Terre et à la survie de l’humanité, mais ne se réduit pas à cette seule fonction : l’humanité ne dispose d’aucun droit de prédation sur l’ensemble du vivant, dont la protection constitue un objectif politique à part entière. Nous devons rendre effectif le droit de toutes et tous à un environnement sain, à une nature riche et diversifiée, ainsi qu’à l’accès aux espaces naturels.

 

Cet impératif impose une refonte profonde de nos modes de production, notamment dans les domaines de l’agriculture et de l’énergie. La bifurcation écologique doit organiser la transformation de notre modèle agricole pour le rendre soutenable et plus sobre : en favorisant le développement continu de l’agriculture paysanne, des circuits courts, d’une agroécologie ancrée et adaptée à son territoire. Cela passe notamment par une réforme des aides de la PAC, en mettant fin au système par hectare qui encourage la concentration et le gigantisme des exploitations, pour passer à une aide calculée sur la base des actifs agricoles. De même, dans le secteur de l’énergie, notre ambition première doit être le développement d’alternatives au fossile et au nucléaire. Il est pour cela indispensable d’investir massivement dans les énergies renouvelables, tout en multipliant les efforts pour aller vers la sobriété énergétique.

 

Des investissements massifs devront également être réalisés dans nos transports décarbonés, avec le développement de solutions adaptées à chaque territoire : renforcement des liaisons interdépartementales et interrégionales de transports collectifs, plan Marshall pour le vélo, réouverture des « petites lignes » de train, développement du fret ferroviaire pour qu’il devienne la norme du transport de marchandises. Cela implique la baisse du prix du train, en particulier des péages ferroviaires, pour rendre ce mode de transport plus attractif et désenclaver les territoires. Nous plaidons également pour la nationalisation des autoroutes, avec un mode de fonctionnement et de gestion redéfinis, par exemple via un droit de regard des régions. La rénovation des bâtiments et de nos villes, afin de les rendre vivables, plus économes et accessibles doit aussi être une priorité de financement.

 

Reprendre le pouvoir, c’est enfin affronter les immenses transformations technologiques en cours. L’intelligence artificielle redessine le travail, l’information, les rapports sociaux : des changements trop importants pour être guidés par les seuls intérêts privés. 92 % des Français·es demandent la transparence des algorithmes. Nous voulons en faire un droit : toute décision affectant l’accès aux droits, au crédit ou à l’emploi ne doit pas pouvoir être entièrement automatisée. Elle doit être supervisée par un·e humain·e et demeurer explicable et contestable. Dans les services publics comme au travail, nous défendons le droit garanti à un·e interlocuteur·ice humain·e.

 

Pour en revenir à l’entreprise, il est essentiel que les travailleur·ses exercent un réel contrôle sur la manière dont ces outils numériques sont intégrés à leur quotidien, par exemple via un droit de veto sur toute transformation technologique majeure. C’est la condition pour que celles-ci ne servent pas l’intensification des rythmes, de la surveillance et la perte des qualifications, mais permettent réellement d’améliorer l’exercice du travail, de gagner en productivité et de libérer du temps. Et parce que les gains de productivité de l’automatisation ne doivent pas être captés par les seuls actionnaires, nous proposons une taxation européenne dédiée à l’IA et aux robots, pour redistribuer la richesse créée avec des outils dont le développement n’a été possible que grâce aux quantités immenses de données fournies gratuitement par les peuples du monde entier. Les recettes de cette taxe doivent être fléchées vers la protection sociale et le financement du temps libéré.

 

Dans ce domaine hautement stratégique, la dépendance à des outils privés états-uniens est un facteur de vulnérabilités multiples particulièrement dangereux. Il est urgent de créer une alternative souveraine. Pour cela, nous plaidons pour la construction d’une IA publique européenne transparente, mutualisée, partiellement open source et responsable socialement et écologiquement. Enfin, pour mettre un coup d’arrêt à la logique actuelle et garantir le respect des protections légales européennes par les entreprises de services numériques, il est essentiel que la Commission européenne suspende toute autorisation d’exportation de données personnelles européennes vers les États-Unis, comme exigé par la Cour de Justice de l’Union européenne.

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