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La politique du bien-vivre Tribune Génération.s • Hôpital public : le pronostic vital est engagé !

Tribune du mouvement Génération.s pour dénoncer l'état critique dans lequel se trouve le service public hospitalier.

L'hôpital va mal. Constat alarmiste ? Poussée de fièvre saisonnière ? Non : menace existentielle. Le service public hospitalier est à bout de souffle, son pronostic vital est engagé comme disent les professionnels de santé quand ils craignent pour la survie du patient. Quel est ce mal profond identifié de longue date mais sciemment négligé ? Comment en est-on arrivé là ?

La question est politique : on a voulu faire de l'hôpital public une entreprise rentable, à l'instar d'une clinique commerciale. Près de 15 ans plus tard, c'est une catastrophe. Budgets en berne, équipes soignantes réduites aux acquêts, qualité des soins menacée, fermeture de lits, de services et d'hôpitaux tous azimuts, souffrance au travail sont le quotidien de la plupart des hôpitaux français.

Quand, chaque année, les dépenses engagées au titre de l'ONDAM (objectif national de dépenses d'assurance maladie) sont inférieures à l'augmentation mécanique des besoins, le déficit est obligatoire. Pour y pallier, il faut augmenter les recettes, c'est-à-dire accroitre l'activité (puisque tel est le mode quasi exclusif de " rémunération " des hôpitaux) mais pas trop, la Sécu ne pouvant suivre cette inflation puisque l'enveloppe est par définition " fermée ", c'est-à-dire non extensible ! D'où une baisse inéluctable des tarifs qui induit une " concurrence " entre établissements pour s'octroyer les activités et les patients rentables, en s'arrangeant du mieux qu'on peut pour " gagner des parts de marché " au détriment de la pertinence des soins. De même, pour retrouver un hypothétique équilibre, il faut diminuer les personnels (principal poste de dépenses à l'hôpital), la taille des services (le nombre de lits) et s'il le faut, le nombre d'hôpitaux.

Ainsi, les soignants sont contraints de faire plus, plus vite et mieux, avec moins de moyens ! Il en résulte une augmentation alarmante du burn-out, des suicides et autres maltraitances dus à un " management " (terme fétiche dans la novlangue de rigueur) qui n'a pour seul objectif que d'améliorer " l'efficience " et la performance, son implacable corollaire. L'épuisement est généralisé parmi ceux qui pensaient y exercer l'un des plus beaux métiers du monde : soigner, rendre service, contribuer au bien-vivre ! A l'aune de ce diktat, la qualité des soins compte peu, malgré les déclarations lénifiantes de " managers " devenus inaudibles car non crédibles. L'humain n'entre plus dans l'équation. Comme les salaires sont insuffisants (les personnels hospitaliers français sont parmi les moins bien payés d'Europe !) et que les conditions de travail se dégradent, l'hôpital n'est plus attractif.

Et les patients - c'est-à-dire, potentiellement nous tous - que deviennent-ils ? Faute de lits dans les services et de moyens humains, ils attendent de longues heures aux urgences, faute de structures de soins de suite, ils restent des semaines dans des services de soins aigus (qui de ce fait ne peuvent plus accueillir les urgences) ou sont renvoyés prématurément chez eux avec parfois pour conséquence une réhospitalisation rapide. Faute de personnel disponible, la douleur physique ou morale n'est pas toujours soulagée à temps, la dignité des personnes pas toujours respectée, la bienveillance pourtant essentielle n'est plus à l'ordre du jour.

Nous sommes désormais à la croisée des chemins. Doit-on, faute de moyens accordés au secteur public, se résigner à " transférer " une grande part de la prise en charge de la santé au secteur lucratif, prétendument plus efficient ? Il est vrai qu'un tel pactole pourrait tout à fait convenir à quelques intérêts privés. Dans ce contexte, l'hôpital serait " réservé " aux plus démunis d'entre les démunis, renouant - au mieux - avec la tradition charitable des hospices. Nous nous y refusons.

A Générations.s, nous considérons que la préservation d'un service public hospitalier digne de ce nom, accessible à tous et à la pointe du progrès, respectueux de celles et ceux qui y travaillent pour le bien-être de la population est une exigence républicaine incontournable. Le gouvernement, tout en faisant mine de s'en préoccuper, n'agit pas en ce sens. La stratégie nationale de santé qu'il a élaborée pour les années à venir est la continuation de la politique menée depuis longtemps et qui a abouti à la situation inacceptable que nous vivons. Le budget de la Sécu pour 2018 est l'un des plus restrictifs des derniers quinquennats et veut contraindre l'hôpital à des économies avoisinant les 2 milliards d'euros alors que dans le " même temps " on offre un cadeau fiscal de près de 5 milliards d'euros aux très riches en supprimant l'ISF ! Les professionnels de santé sont las de ce double discours : compréhensif dans les médias, désastreux dans les actes.

Comme l'a dit un ancien Président à propos de la planète : " La maison brûle et nous regardons ailleurs ! ". En l'occurrence, il y a le feu à l'hôpital et le gouvernement tente de l'éteindre avec un brumisateur. Augmenter les budgets pour répondre aux réels besoins de santé et modifier le financement de l'hôpital qui ne peut reposer sur la seule tarification à l'activité mais doit être forfaitisé en partie (dotation forfaitaire pour améliorer la prise en charge des maladies chroniques et aussi à la journée pour la fin de vie) ; augmenter l'offre en soins de suite et de réadaptation - notoirement insuffisante - plutôt que de fermer des lits sans discernement - ; permettre aux soignants de se réapproprier leur outil de travail et revaloriser leurs carrières ; investir dans la rénovation et l'amélioration des conditions d'accueil ; lutter résolument contre les déserts médicaux pour permettre à tous un égal accès aux soins ; tels sont - entre autres - les chantiers auxquels il convient de toute urgence de s'atteler. Pour assurer le bien-vivre de tous, des usagers comme des personnels, il faut sortir l'hôpital de la logique entrepreneuriale en conciliant qualité de vie au travail et qualité des soins. Il en va de sa survie.

Dr Hakim Bécheur, référent "Hôpital et accès aux soins" du mouvement Génération.s, Pr Alfred Spira, coordinateur "Santé" du mouvement Génération.s, Corinne Acheriaux, infirmière et militante à Génération.s, Benoît Hamon, co-fondateur de Génération.s

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Réunion publique ce 29 mars à Paris

" Où va l'hôpital ? Diagnostic, enjeux et propositions de traitement "

Pour poursuivre nos débats, Génération.s vous invite à participer à une réunion publique sur l'hôpital public ce jeudi 29 mars à Paris. Rendez-vous à 20h au FIAP, 30 rue Cabanis dans le 14ème arrondissement.

Inscription obligatoire : http://29mars.g-resa.fr/

Présentation 

" Où va l'hôpital ? Diagnostic, enjeux et propositions de traitement "

Notre santé est notre capital le plus précieux

Parce que l'hôpital est un lieu d'attention et d'écoute, de soins et de prévention, pivot central de notre système de santé

Parce que l'hôpital est ouvert à tous sans exclusive, parce que c'est un service public pour l'intérêt général et l'accueil de l'ensemble de la population

Parce que l'hôpital est fait d'une seule richesse, celle de tous ses personnels au service de tous

Parce que la santé n'est pas une marchandise, les malades ne sont pas des objets, les professionnels de la santé ne sont pas des collecteurs de fonds….

Pour toutes ces raisons le modèle de " l'hôpital entreprise " vanté par les libéraux et mis en place par la droite est une aberration qui se paye cash pour les patients et pour les personnels. Derrière les faits gravissimes comme cette mère de famille obligée de traverser l'hôpital avec son bébé mort dans ses bras, ou ce médecin qui se suicide à l'APHP, ce sont des patients moins bien pris en charge et des personnels chaque jour surchargés qui sont les victimes d'un système à bout de souffle. Il ne suffit pas de le dire, il faut agir.

Le management " administratif et financier " couplé au système de la tarification à l'activité (T2A) nous mène dans le mur. La nouvelle baisse des tarifs annoncée par le gouvernement constitue un danger pour la santé des français qu'ils soient patients ou professionnels de santé.

Génération.s dénonce l'impasse dans laquelle nous sommes et appelle les Français-e-s à défendre l'Hôpital public auquel ils sont attachés.

Intervenants : 

  • Mme Corinne Acheriaux, infirmière
  • Dr Hakim BECHEUR
  • Pr André GRIMALDI
  • Pr Henri LEVY
  • Pr Alfred SPIRA
  • Conclusion par Benoît Hamon, membre fondateur de Génération.s le mouvement.

Inscriptions obligatoires : http://29mars.g-resa.fr/

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