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De nouvelles protections face aux mutations Penser et transformer le travail, au-delà de Macron

Tribune de Benoît Hamon pour défendre notre vision du travail de demain. Face aux mutations, face aux impasses macronistes, Génération.s propose des solutions vers la conquête de nouveaux droits.

Nous célébrons un 1er mai défensif. Ce n’est pas nouveau. Cela fait maintenant de nombreuses années que les fêtes du Travail se succèdent dans un contexte de recul des droits sociaux et des services publics. Les libéraux sont à l’attaque. Ce n’est pas nouveau non plus. Que reprochent-ils au modèle social français? D’être anti-business, de brider l’initiative et de ralentir la croissance. Les cyniques y ajoutent même l’accusation d’être incapable de réduire les inégalités.

Cette année, l’offensive est totale. L’adversaire a unifié ses forces et les jette toutes dans la bataille. Les organisations patronales, les think-tanks libéraux et la haute fonction publique ont fusionné leurs agenda et engagé une lutte sans merci contre nos droits sociaux et collectifs, semblable a celle menée et gagnée par Margaret Thatcher en Grande Bretagne dans les années 80. On perçoit clairement une forme de jouissance des élites libérales à modifier par des ordonnances, par la force, un contrat social démocratiquement bâti.

En face, les syndicats et les citoyens observent atterrés Macron détruire méthodiquement et brutalement, le code du travail, l’assurance chômage, les services publics et la sécurité sociale comme un enfant piétinerait joyeusement un château de sable devant ceux qui l’avaient patiemment construit.

Les syndicats, à l’image des cheminots ou des personnels hospitaliers ne manquent pas de détermination pour résister à l’oeuvre de démolition engagée par le pouvoir. Ils ne manquent pas d’idées non plus pour proposer une alternative à la prédation du gouvernement contre leurs droits, leurs missions, leurs entreprises ou leurs métiers. Mais que pèsent ces tracts, ces contre-projets dans le contexte d’une hégémonie culturelle libérale vieille de 30 ans ? Seuls, peu de choses.

Alors que faire ? Baisser les armes ? Certainement pas, car nos sociétés connaissent deux bouleversements qui vont irréversiblement modifier le rapport des individus à la croissance et au capitalisme d’une part, au travail d’autre part.

• Avec l’entrée de l’humanité dans l’anthropocène, nous savons que notre nombre et notre activité désarticulent dangereusement notre éco-système, accélèrent le réchauffement climatique et dégradent la bio diversité. Il faut en finir avec l’ère matérialiste et consumériste avant qu’elle n’achève l’humanité.

• La révolution numérique métamorphose le travail dans des proportions sans équivalent. On parle d’une emploi sur deux, détruit ou transformé d’ici 2040. Tout ce dont l’humanité a besoin nécessite moins de travail humain. Cela peut ouvrir un chapitre formidable pour l’émancipation des citoyens fondé sur la réduction du temps de travail et la création d’un revenu universel d’existence qui libère les hommes de la dépendance exclusive aux revus du travail.

Voilà la faiblesse de Macron, accroché au passé et au mirage d’une « start-up nation » dont les succès dépendent de la cupidité et du désir d’enrichissement des individus et ignorent souverainement le long terme et les transitions à l’oeuvre. C’est là notre chance à condition de penser le travail, selon ce qu’il est et ce qu’il devient, pas ce qu'il a été. Ce raisonnement est aussi valable pour l’avenir de nos services publics et celui de la sécurité sociale.

C’est pourquoi Génération•s défend en ce 1er mai, un projet qui accorde une place centrale au « bon travail ».

Le travail a évolué sous les effets d’une révolution du management. Au prétexte de mobiliser la communauté de l’entreprise au service d’un projet partagé, la doctrine managériale dominante veut effacer la réalité des conflits hiérarchiques et la brutalité des rapports de forces entre producteurs, travailleurs et actionnaires. La course à la productivité a entrainé une course à l’innovation pour augmenter la performance et la rentabilité des salariés. Cette transformation s’est accompagnée d’une évolution des maux dont souffrent les travailleurs. Les risques psychosociaux sont devenus une source majeure de souffrance pour les salariés. C’est la raison pour laquelle nous nous battons en dépit des résistances patronales et gouvernementales depuis plusieurs années pour la reconnaissance du « burn-out » comme maladie professionnelle.

Depuis quelques années, nos sociétés placées sous la pression du réchauffement climatique intègrent le rôle politique de l’entreprise sur les inégalités et l’environnement. C’est un progrès. Mais si ce rôle politique est indéniable, l’entreprise reste fermée à la démocratie. Elle reste une aire étanche à la gouvernance démocratique. La prise de pouvoir radicale et exclusive des actionnaires soumet l’activité de nombreuses entreprises à des critères de rentabilité contraire aux intérêts de l’entreprise elle-même et de ses salariés et ignorants de l’impact négatifs de son activité sur l’environnement. Il serait absurde d’exiger d’un actionnaire de faire autre chose que ce que « sa nature » lui ordonne : « rentabiliser son capital ». Construisons donc les contre-pouvoirs. Nous voulons augmenter significativement la place des salariés dans les conseils d’administration et de surveillance, c’est à dire là où les décisions se prennent. Nous voulons aussi développer l’économie sociale cet solidaire et toute les formes entrepreneuriales qui se fondent sur une gestion désintéressée et une gouvernance démocratique. Nous voulons renforcer la responsabilité des entreprises sur l’impact de leurs activités sur les inégalités, la santé et l’environnement. Il est l’heure de dépasser la notion de propriété qui exclue par nature qu’elle soit publique ou privé, pour définir et structurer le champ des communs (eau, air, forêt, santé, éducation, Internet).

Trois décennies d’offensive libérale ont stoppé puis inversé l’amélioration des droits des travailleurs. Elle suppose de ne pas s’intéresser seulement au pouvoir de négociation collective des travailleurs mais au moyen de leur donner l’autonomie nécessaire pour négocier avec leur employeur qu’ils vivent d’un travail salarié ou pas. C’est le sens du Revenu universel d’existence qui libère les travailleurs de leur dépendance exclusive aux revenus du travail. Le Revenu universel d’existence est le moyen d’éradiquer la pauvreté mais aussi et surtout de soulager les travailleurs du lien de subordination à l’employeur et de leur sujétion au capital. Voilà l’horizon de notre contrat social.

Le travail se transforme, il disparait dans certains secteurs et pour la première fois, des voix diverses issues du monde de l’entreprise ou de la recherche universitaire affirment que l’équation selon laquelle l’innovation créera plus d’emplois que l’économie n’en détruit, serait obsolète. Il est encore trop tôt pour le savoir mais il faut a minima nous préparer à l’impact de la révolution numérique sur certains secteurs de l’économie, le commerce, le transport par exemple. Génération-s défend un processus pluriannuel et décentralisé de réduction du temps de travail pour accompagner un mouvement ininterrompu depuis un siècle, qui faute d’être piloté se traduit par un partage sauvage et inégalitaire entre un monde du travail instable et précisé et la persistance d’un chômage de masse et de longue durée. Anticiper cette transformation, c’est penser aussi l’avenir de notre protection sociale quand celle ci est principalement fiancée par le travail. Nous défendons la création d’une « taxe sur les robots ». Le principe est simple, les entreprises ne contribueraient plus au financement du système par répartition en fonction du nombre de leurs salariés mais en fonction de la richesse qu’elles créent que celle-ci soit le résultat du travail des hommes ou de celui de l’intelligence artificielle.

En ce 1er mai, nous sommes aux côtés de ceux qui résistent. Nous le faisons avec le souci de l’unité. Conscients que derrière les conflits de ce printemps, se joue une bataille culturelle plus fondamentale entre des valeurs et des projets radicalement distincts, confiants dans la force du futur désirable que nous opposons au monde désenchanté du pouvoir actuel.

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