L'impératif démocratique La sentence contre Lula ne sert pas la démocratie brésilienne

Mercredi soir, les onze juges de la Cour suprême ont rejeté, à six voix contre cinq, la demande faite par l’ex Président brésilien Lula da Silva d’habeas corpus.

Alors même qu’il n’a pas épuisé tous les recours juridiques contre sa condamnation pour corruption et blanchiment, la sentence est donc tombée : Lula est condamné à douze ans et un mois de prison ferme. Cette décision judiciaire controversée était à peine votée que le juge Sergio Moro donnait à Lula jusqu’à ce vendredi 17 heures pour qu’il se livre à la police.

Ne nous trompons pas : cette décision n’a rien à voir avec la lutte contre la corruption. D’abord parce que comme l’ont souligné de nombreux observateurs, il ne figure dans le dossier de 238 pages condamnant Lula aucun élément de preuve, ni trace de transferts financiers. Ensuite parce que la dureté de la sentence et le refus de l’habeas corpus témoignent d’une volonté politique de détruire et d’humilier. Mettre Lula en prison, sous l’œil des caméras, c’est pour les vieilles élites ploutocrates du pays une façon de salir un homme, symbole des grandes avancées sociales au Brésil. Enfin parce que le condamner au plus vite et pour longtemps est surtout le meilleur moyen d’empêcher Lula de se présenter aux prochaines élections présidentielles, dont il était le grand favori. Lula a été le premier président de gauche, nordestin, ouvrier et syndicaliste du Brésil. Son élection a marqué l’apogée de la démocratie brésilienne. Sous sa présidence, le pays a connu un recul exceptionnel de la pauvreté, et s’est projeté comme jamais à l’international, avec un leadership digne de son rang de première puissance latino-américaine. On veut aujourd’hui faire de lui le bouc émissaire de tout un système politique corrompu, pour que surtout rien ne change et que chacun retrouve « sa place » dans le carcan social brésilien.

Un homme aujourd’hui y gagne plus que les autres : Jair Bolsonaro, le candidat d’extrême-droite en deuxième place des sondages. Cet admirateur de la dictature militaire brésilienne (1964-1985) et du Chilien Augusto Pinochet promet un « grand coup de balai ». Ce n’est pas plus de démocratie qui s’annonce, mais bien sa plus flagrante régression. Contact presse : presse@generation-s.fr

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