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La République des égaux-ales De la maternelle à l’enseignement supérieur, une sélection qui ne se cache plus

« Les maitres d’école sont des jardiniers en intelligence humaine ». Il est sage de relire Victor Hugo. De la maternelle à l’enseignement supérieur, menacé d’une sélection qui ne se cache plus, c’est l’ensemble du projet éducatif qui est aujourd’hui mis à mal. Le dogme libéral submerge l’intérêt général.

Le dialogue préalable avec tous les acteurs devrait être une évidence, or des réformes voient le jour sans même que soient analysés les résultats obtenus par une évaluation objective des politiques publiques. Sur le terrain, l’élu municipal et le professeur n’ont plus qu’à exécuter. L’Education Nationale ressemble un peu à une histoire sans fin. Des éclaircies ont eu lieu mais comme pour notre météo régionale, ce ne sont que des passages. Il faut saluer les créations de postes de professeurs sous le précédent quinquennat qui ont mis fin à la saignée infligée par la droite de Chirac-Sarkozy. Le drapeau de l’égalité semblait flotter à nouveau, la réforme des rythmes scolaires partait du bon pied : elle s’est arrêtée en cours faute de mesures à réelle portée nationale. Sa mise en place a coïncidé avec le régime sévère infligé aux communes, alors même qu’il aurait fallu attribuer des budgets conséquents pour assurer la réussite scolaire. Une réforme ambitieuse mais non aboutie reste fragile…

 

L’ambition de liberté n’est rien sans l’exigence d’égalité

Aujourd’hui, le « Président des riches » veut passer pour un grand homme de l’école mais la méthode reste la même à chaque fois que la droite revient au pouvoir : quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. 5 milliards d’euros de cadeaux fiscaux ont été offerts aux plus fortunés - les vrais privilégiés - alors que les services publics subissent une cure d’austérité : suppressions de postes, dégradation des conditions pour les usagers, privatisations. Cette méthode est si ancienne pour un président si jeune : son idéologie est assumée, c’est le libéralisme économique. Depuis ma commune de Saint Etienne du Rouvray, j’affirme que l’ambition de liberté n’est rien sans l’exigence d’égalité.

 Le retour à la semaine à 4 jours est populaire. Ce n’est pas une si bonne nouvelle pour les élèves car ils apprennent mieux le matin, je plaide pour des matinées longues et des après-midis plus courts. Toute réforme ne doit avoir qu’un seul objectif : la réussite de l’enfant. Les classes à 12 élèves en CP dans les zones d’éducation prioritaire (REP et REP+) sans création de nouveaux postes ont pour conséquence directe la suppression de nombreuses classes ailleurs. 5400 postes sont nécessaires, or 3700 sont créés. Le dispositif « plus de maîtres que de classes » disparait alors qu’il permettait de mieux faire travailler les élèves en petits groupes et que la satisfaction était unanime. Enfin, les communes concernées par les CP à 12 doivent gérer seules l’aménagement des locaux : un nouveau transfert de dépenses est donc « en marche ».

 

 2000 classes ferment en zone rurale comme en zone urbaine

 Ne vous y trompez pas : quand on habille Pierre, on déshabille Paul. 2000 classes ferment en zone rurale comme en zone urbaine. Les effectifs CE2 - CM1 - CM2 augmentent, les surchargeant encore. Les jeux de redécoupage de cartes scolaires permettent de supprimer des zones prioritaires, elles ne sont donc plus concernées par les annonces gouvernementales. La classe à 12, c’est l’arbre qui cache la forêt ; mais l’école nous a appris à lire et aussi à lire entre les lignes.

 Un mot sur la scolarisation obligatoire : elle est aujourd’hui fixée à 6 ans, il faudrait l’abaisser à 3 ans d’autant plus que 97% des enfants sont déjà scolarisés. C’est une bonne mesure qui demande, pour être juste, la création de postes en nombre suffisants mais aussi de traiter à nouveau, avec justice et équité, la question du financement de l’école privée sous contrat avec l’Etat. Pour rappel, les communes financent les classes à partir de l’âge obligatoire : Il faudra de ce fait demain accorder un budget aux maternelles privées alors que nous manquons de crédits pour les écoles publiques. Cela ressemble à une école à minima face à la tentation pour de nombreux parents de mettre leurs enfants dans le privé. Cela ne peut donc se faire qu’à moyens constants pour l’enseignement privé. Serait-ce un autre message subliminal de Monsieur Macron résonnant avec ses propos d’il y a quelques jours, dans lesquels il oubliait toute notion de laïcité ?

 

 Un projet pour l'école

 Le projet pour l’école ne peut tenir en quelques lignes mais nous devons fixer des règles claires :
- un maximum de 25 élèves par classe, 20 en REP/REP+
- le retour du « plus de maîtres que de classes »
- des soutiens aux communes disposant des classes à 12,
- des créations de postes de professeurs, d’infirmières et de classes ULIS pour les enfants en situation de handicap
- un service public du soutien scolaire.

 Je veux terminer ce propos en dénonçant la fermeture de nombreux collèges.
Ainsi le département de l’Eure ferme le collège Pierre Mendès-France à Val-de-Reuil, pourtant situé au cœur d’une ville en zone d’éducation prioritaire doté d’un plan de renouvellement urbain ambitieux. Aucun argument ne peut justifier une telle erreur. « Quand on ouvre une école, on ferme une prison ». Que dirait Victor Hugo aujourd’hui ?

 

David Fontaine
Adjoint au maire de Saint Etienne du Rouvray
en charge des affaires scolaires

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