La politique du bien-vivre Santé publique : retour sur la réunion du 29 mars

Le 28 mars dernier,  le pôle santé organisait une réunion publique sur le thème : "Hôpital public, Ehpads : le pronostic vital est engagé !" Voici le constat sans concession établi lors de cette soirée et les propositions élaborées à l'occasion.

 

 

Hôpital public, Ehpad : le pronostic vital est engagé !

Réunion du 28 mars 2017. Participants :  le Pr André Grimaldi (fondateur du Mouvement de défense de l’hôpital public-MDHP), Corinne Achériaux (Infirmière en CHU), le Pr Philippe Lévy (chef de service à l’hôpital Beaujon, Clichy).

 

Notre système de santé va mal

La santé, c’est le bien-vivre = complet état de bien-être physique, mental, social et environnemental. C’est notre capital individuel et collectif le plus précieux.

Investir dans la santé, ce n’est pas un coût, ce n’est pas une source de déficit, c’est un investissement pour notre avenir. Elément central d’une politique du bien-vivre, la bonne santé est indispensable à notre dignité, notre qualité de vie, notre bonheur, mais aussi à notre force de travail, de notre économie. La santé, l’hôpital, c’est permettre aux personnes d’être en bonne santé, de travailler, de vivre ; l’hôpital, c’est le plus important employeur local de toutes les villes où il y en un ; enfin, le système hospitalier est un producteur de technologies que nous exportons dans le monde entier.

En 2000, le système de santé français était classé par l’OMS comme étant le meilleur du monde, à la fois pour la qualité de ses professionnels et pour sa bonne adéquation avec les besoins et attentes de la population. Pourtant ce système dont l’organisation résulte d’une construction progressive couronnée en octobre 1945 par les ordonnances créant la sécurité sociale en application du programme du CNR, est aujourd’hui gravement menacé. Fragmenté, sous-financé, en proie à une libéralisation qui le rend souvent inaccessible, il est une source de souffrance pour les usagers et les professionnels. On a voulu le gérer comme une entreprise, mais les malades ne sont pas des objets, les gestionnaires et les personnels de santé ne sont pas des ingénieurs. Ce sont des femmes et des hommes qui prennent soin d’autres femmes et d’autres hommes.  Le gouvernement ne semble pas disposé à prendre les mesures urgentes qui s’imposent.

 

La France est un pays riche : elle peut se permettre de garantir
la santé de tous ceux qui vivent sur son sol.

 

 Un système de santé fragmenté, dérégulé, inégalitaire

 Budget total de la santé (CSBM 2016) = 200 Mds€ en 2016, soit 3000€ par habitant. Taux de croissance 2,3% par an. Financement 77% par la Sécu. Mutuelles = 13%, RAC ménages = 8%. Dépense Courante de Santé = 11% du PIB (= Suède, Allemagne, Pays Bas, Japon).

La France est un pays riche : elle peut se permettre de garantir la santé de tous ceux qui vivent sur son sol. Nous devons seulement cesser de faire dépendre la santé de considérations comptables, alors qu’elles sont d’abord humaines.

Les inégalités sociales de santé concernent l’accès aux droits, la prévention, l’accès aux soins. Environ 25% des personnes renoncent aux soins pour des raisons financières, près de 13 ans d’espérance de vie à la naissance séparent les 5% des plus pauvres des 5% les plus riches.

Pressé par l’impératif de rentabilité et de concurrence avec le secteur privé, conséquence d’un système dual public/privé qui est l’une de nos spécificités, l’hôpital public et les Ehpads partent à vau-l’eau. Le  budget est dans le rouge de façon chronique (APHP déficit > 200 M€) et chaque année aggravé par des choix budgétaires irréalistes (ONDAM <2%), les investissements nécessaires pour sa mission essentielle de service public et sa pérennité ne sont pas faits. La souffrance au travail omniprésente conduit les professionnels hospitaliers au burn out, parfois au suicide. On ne leur permet plus d’accueillir les patients dignement. 

Sur une partie toujours croissante du territoire, il est de plus en plus difficile de trouver un médecin. Dans certaines spécialités, comme la pédiatrie ou la gynécologie, il faut attendre des mois, parfois un an pour obtenir un rendez-vous.

Dans les Ehpad, la maltraitance est redoutée, voire de plus en plus ressentie par les soignants comme les résidents faute de moyens.

Toujours plus importants, les dépassements d’honoraires (2,5 milliards d’euros par an) forcent les Français à retarder ou à renoncer aux soins. Pourtant illégaux, les refus de soins aux plus pauvres atteignent un niveau alarmant tandis que le tiers des personnes éligibles à la CMUc ne bénéficie pas de ses droits.

Outil clé de la prévention auprès de nos enfants, la médecine scolaire est en déshérence. Dans les entreprises, la médecine du travail recule, alors que les risques psychosociaux et la pénibilité continuent de croître. Le burn out n’est toujours pas reconnu comme maladie professionnelle. Les médicaments font l’objet de plus de craintes que de confiance, les laboratoires pharmaceutiques augmentent leurs profits au détriment de la qualité quand des malades souffrant de pathologies rares attendent toujours un traitement. Sous-financée, la recherche publique recule au niveau international.

 

Ces dysfonctionnements graves du système de santé en France
ne sont que les exemples les plus patents
sur une liste qui ne cesse de s’allonger.

 

Encore sous-estimés et pris à la légère, les risques sanitaires liés à la dégradation de l’environnement et au changement climatique, qui interagissent avec les risques liés à nos comportements individuels, augmentent rapidement. Comme l’a souligné l’ONU en 2011, il existe à l’échelle mondiale une augmentation des maladies chroniques non infectieuses (cancers, maladies cardiovasculaires, diabète, obésité, BPCO ; 60% de la mortalité) ayant pour cause une dégradation de notre environnement individuel et collectif. Le tabac, l’alcool, la sédentarité, la mauvaise alimentation restent les facteurs de risque majeurs à l’origine de ces pathologies, contre lesquels il faut continuer d’amplifier la prévention. Mais en outre, les modifications de l’environnement, en particulier les pollutions chimiques, ont changé la façon de concevoir la santé publique en conjuguant conséquences de nos comportements individuels et de notre environnement collectif.

 

Ces dysfonctionnements graves du système de santé en France ne sont que les exemples les plus patents sur une liste qui ne cesse de s’allonger. Notre système de santé suscite la méfiance de plus en plus de nos concitoyens. L’accès aux droits, le recours aux soins, la prévention, la recherche en santé sont mis à mal par des réformes successives et inachevées, par l’absence de vision et de courage politique, et par l’obsession budgétaire (l’efficience !) qui pèse de plus en plus sur les financements.

 Pendant la campagne électorale des présidentielles, Emmanuel Macron proposait un programme dont beaucoup de mesures semblent être aujourd’hui oubliées, qu’il s’agisse de la prévention non médicale, de la lutte contre les inégalités, du financement et de la gestion humaniste du système de santé.

 Que voyons-nous ? La situation continue de se détériorer rapidement. Le ministère de la santé a montré son incapacité à gérer une situation qui évolue négativement : blocage de la mise en place du tiers payant généralisé qui pouvait être mis en place et qui aurait permis de faciliter l’accès aux soins pour les plus précaires ; succession de crises sanitaires mal gérées, comme celle du Levothyrox, qui conduisent au renoncement aux soins et à des actions groupées en justice ; augmentation des dépenses pour les mutuelles et sur-complémentaires de santé pour d’improbables promesses de restes à charges nuls pour les prothèses ; insuffisance des mesures annoncées pour lutter contre les déserts médicaux ; annonces précipitées d’une Stratégie nationale de santé puis d’une transformation du système de santé sans financements, etc.

 

Garantir les droits de la personne humaine,
cela suppose aussi de créer un droit
à une aide médicale pour mourir dans la dignité

 

Un changement de vision de la santé s’impose

  • Pour le bien-être de chacun, la prévention doit être au cœur de la politique de santé, ce qui suppose de renforcer l’éducation en santé et l’accès à l’activité physique, de mettre en place des dépistages de masse et de créer une véritable politique en faveur de la santé mentale. Nous devons permettre à tou.te.s de bénéficier de conditions d’éducation, de travail, d’alimentation, de loisirs et de vie favorables à la santé. Lutter contre les pollutions environnementales physiques, chimiques et microbiologiques doit faire partie intégrante de la préservation de la bonne santé. Il ne faut plus se payer de mots mais investir massivement dans la prévention.
  • L’accès à la santé doit être un droit pour tous et partout. Nous devons garantir un accès automatique à la sécurité sociale pour toutes les personnes résidant en France, quel que soit leur statut ; ouvrir le tiers payant généralisé pour tous les patients ; supprimer les participations forfaitaires et les franchises médicales, ainsi que les dépassements d’honoraires ; réguler efficacement l’installation des médecins selon les besoins de la population dans les territoires; limiter le coût des nouveaux médicaments en intervenant directement sur la délivrance des licences ; mettre en œuvre sans tarder un grand plan de santé mentale, très négligée ; favoriser la recherche clinique et la diffusion de l’innovation ; et garantir l’accès à la contraception, à l’IVG et à la PMA pour tou.te.s. Garantir les droits de la personne humaine, cela suppose aussi de créer un droit à une aide médicale pour mourir dans la dignité.

 

Il faut mettre fin à la tarification hospitalière exclusivement à l’activité (T2A)
car la santé n’est pas une marchandise

 

Repenser l’organisation et le financement du système hospitalier public

  •  Les soignants doivent avoir les moyens de prendre soin des patients de façon humaine et efficace. Ils sont les protecteurs du bien-être de tous, ils sont garants de notre qualité de vie, ils sauvent des vies ! Les modalités de fixation du budget hospitalier public doivent prendre en compte les besoins réels.
  • Il faut mettre fin à la tarification hospitalière exclusivement à l’activité (T2A) car la santé n’est pas une marchandise et l’hôpital n’est pas une entreprise.
  • Nous devons revaloriser les carrières et les recrutements à l’hôpital, ouvrir le chantier de l’organisation du travail à l’hôpital et renforcer les liens entre médecine hospitalière et médecine de ville.
  • Nous devons innover pour financer les hôpitaux et les centres de santé tout en garantissant des conditions de travail humaines et dignes.
  • La priorité doit être de lutter contre la souffrance au travail des professionnels de santé, et ainsi de garantir la qualité des soins et leur juste accès.

 

Redonner de la dignité à nos aîné.e.s

  • Une revalorisation de l’Allocation Personnalisée pour l’Autonomie (APA) afin de permettre le maintien à domicile des personnes âgées le plus longtemps possible.
  • La mise en place d’une allocation « bien vieillir en Ehpad » afin de garantir à toutes les personnes âgées qui le souhaitent une place en maison de retraite ainsi qu’une réduction du reste à charge pour les bénéficiaires et leur famillle.
  • L’amélioration des conditions de travail du personnel soignant grâce à une augmentation des budgets de l’état afin de permettre aux établissements d’embaucher des aides soignant.e.s
  • L’augmentation des salaires du personnel soignant.

 

Enfin, nous devons mettre en œuvre une transition vers un grand service public de protection sociale

 

 

 

 

 

 

 

 

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